par energy_isere » Aujourd’hui, 17:15
La France accélère l’implantation de giga data centers pour l’IA
AFP avec Connaissance des Énergies le 12 juin 2026 à 13h02
Approuvés par certains mais contestés par d’autres, les très grands centres de données vont se multiplier en France, dopés par l’attrait pour l’IA générative, au risque d’exacerber les tensions locales.
Investissements record et besoins de puissance inédits
Un an après une première annonce de 109 milliards d’euros d’investissements liés à l’IA, une nouvelle vague de 93 milliards d’euros a été enregistrée la semaine dernière, portée notamment par des projets de « giga » centres de données dans les Hauts-de-France. En janvier, le gouvernement a évalué la puissance électrique recherchée par les projets en cours à 28,6 GW, dont 5,8 GW déjà sécurisés par un site et assortis d’engagements de raccordement.
Cette dynamique se reflète dans les files d’attente réseau : selon RTE, les droits d’accès au réseau de transport attribués atteignaient fin 2025 environ 30 GW, dont 14 GW pour des centres de données. Dans l’Indre, le maire de Châteauroux, Gil Avérous, soutient l’éventuelle implantation du premier centre détenu en propre par Google en France, y voyant « l’occasion de renforcer [la] desserte électrique et de permettre l’implantation de nouvelles industries ». Pour ce territoire, RTE évoque un investissement de 300 millions d’euros et la construction d’environ 90 kilomètres de ligne.
Acceptabilité locale, extension géographique et risques perçus
Longtemps concentrés en Île-de-France, à Marseille et dans le Nord, les projets gagnent désormais des sites ruraux ou périurbains. « Avec la vague des data centers liés à l’IA, il n’y a pas forcément besoin d’être proche des métropoles pour entraîner des modèles et on voit arriver des projets de plusieurs centaines de mégawatts sur des sites de plusieurs dizaines d’hectares, souvent en zone rurale ou périurbaine, avec des émissions carbone qui viennent contrecarrer les stratégies environnementales locales », observe l’urbaniste Cécile Diguet.
Les oppositions locales se structurent. Le collectif marseillais « Le nuage était sous nos pieds » dénombre une trentaine de groupes mobilisés. Aux Pennes-Mirabeau, près de Marseille, l’opérateur japonais Telehouse projette « Cézanne », un site de 70 MW. Rescapé de l’incendie de 2016, Philippe Chabeaudy alerte : « Le choix d’implantation est incompréhensible. Pour refroidir les serveurs, le data center va rejeter l’équivalent de la chaleur produite par 70 000 chauffages électriques de 1 000 watts alors qu’il se trouve à 85 mètres d’une pinède. »
Contraintes environnementales, controverses juridiques et positionnements de la filière
Si l’électricité française est majoritairement décarbonée, les centres de données s’appuient sur des groupes électrogènes de secours, souvent au gazole. RTE indique que la production d’électricité a été décarbonée à plus de 95 % en 2025, niveau qui alimente les arguments d’accueil de nouveaux usages électro-intensifs. Lou Welgryn, coprésidente de Data for Good, alerte toutefois : « On assiste à une fuite en avant sur l’implantation des centres de données, sans réelle stratégie autre que de reproduire le gigantisme du modèle américain. »
La trajectoire de demande interroge : selon l’Agence de la transition écologique, la consommation d’électricité des centres de données pourrait être multipliée par 3,7 en France d’ici 2035 si les usages numériques se poursuivent au rythme actuel. Sur le terrain réglementaire, des critiques émergent. À Wissous (Essonne), trois associations attaquent en justice ce qu’elles estiment être un « saucissonnage » destiné à contourner l’évaluation environnementale. « L’impulsion politique très forte pour attirer les investissements se traduit par une législation de plus en plus permissive », juge Maxime Colin, de France Nature Environnement Île-de-France, évoquant des textes récents réduisant certaines possibilités d’information du public.
Les responsables écologistes mettent aussi en cause l’occupation du foncier et l’ordre de priorité des usages électriques. En Centre-Val de Loire, l’élu régional Jérémie Godet estime que le projet de 195 ha près de Châteauroux, soit « 279 terrains de football », avec une puissance d’1,2 à 1,3 GW « n’est pas compatible avec la transition écologique » et interroge la cohérence avec l’ambition de « souveraineté numérique ». À l’inverse, la filière affirme jouer la transparence : pour Michaël Reffay, délégué général de France Datacenter, « il n’y a jamais eu de volonté de la filière de forcer la main des élus, qui sont très désireux d’accueillir des milliards d’investissements ». Il soutient qu’un data center « est bien moins contraignant qu’une usine de méthanisation » et qu’« EDF en a besoin comme relais de croissance ».
Pour Maxime Efoui-Hess, du Shift Project, la trajectoire actuelle « revient à prioriser l’électricité pour les centres de données alors même que d’autres usages comme les véhicules électriques sont appelés à se développer ». En parallèle, RTE recense fin 2025 environ 14 GW de droits d’accès déjà réservés à des centres de données, illustrant la vitesse de concrétisation des projets.
https://www.connaissancedesenergies.org ... res-260612
[quote] [b][size=110]La France accélère l’implantation de giga data centers pour l’IA[/size][/b]
AFP avec Connaissance des Énergies le 12 juin 2026 à 13h02
Approuvés par certains mais contestés par d’autres, les très grands centres de données vont se multiplier en France, dopés par l’attrait pour l’IA générative, au risque d’exacerber les tensions locales.
[b]Investissements record et besoins de puissance inédits[/b]
Un an après une première annonce de 109 milliards d’euros d’investissements liés à l’IA, une nouvelle vague de 93 milliards d’euros a été enregistrée la semaine dernière, portée notamment par des projets de « giga » centres de données dans les Hauts-de-France. En janvier, le gouvernement a évalué la puissance électrique recherchée par les projets en cours à 28,6 GW, dont 5,8 GW déjà sécurisés par un site et assortis d’engagements de raccordement.
Cette dynamique se reflète dans les files d’attente réseau : selon RTE, les droits d’accès au réseau de transport attribués atteignaient fin 2025 environ 30 GW, dont 14 GW pour des centres de données. Dans l’Indre, le maire de Châteauroux, Gil Avérous, soutient l’éventuelle implantation du premier centre détenu en propre par Google en France, y voyant « l’occasion de renforcer [la] desserte électrique et de permettre l’implantation de nouvelles industries ». Pour ce territoire, RTE évoque un investissement de 300 millions d’euros et la construction d’environ 90 kilomètres de ligne.
[b]Acceptabilité locale, extension géographique et risques perçus[/b]
Longtemps concentrés en Île-de-France, à Marseille et dans le Nord, les projets gagnent désormais des sites ruraux ou périurbains. « Avec la vague des data centers liés à l’IA, il n’y a pas forcément besoin d’être proche des métropoles pour entraîner des modèles et on voit arriver des projets de plusieurs centaines de mégawatts sur des sites de plusieurs dizaines d’hectares, souvent en zone rurale ou périurbaine, avec des émissions carbone qui viennent contrecarrer les stratégies environnementales locales », observe l’urbaniste Cécile Diguet.
Les oppositions locales se structurent. Le collectif marseillais « Le nuage était sous nos pieds » dénombre une trentaine de groupes mobilisés. Aux Pennes-Mirabeau, près de Marseille, l’opérateur japonais Telehouse projette « Cézanne », un site de 70 MW. Rescapé de l’incendie de 2016, Philippe Chabeaudy alerte : « Le choix d’implantation est incompréhensible. Pour refroidir les serveurs, le data center va rejeter l’équivalent de la chaleur produite par 70 000 chauffages électriques de 1 000 watts alors qu’il se trouve à 85 mètres d’une pinède. »
[b]Contraintes environnementales, controverses juridiques et positionnements de la filière[/b]
Si l’électricité française est majoritairement décarbonée, les centres de données s’appuient sur des groupes électrogènes de secours, souvent au gazole. RTE indique que la production d’électricité a été décarbonée à plus de 95 % en 2025, niveau qui alimente les arguments d’accueil de nouveaux usages électro-intensifs. Lou Welgryn, coprésidente de Data for Good, alerte toutefois : « On assiste à une fuite en avant sur l’implantation des centres de données, sans réelle stratégie autre que de reproduire le gigantisme du modèle américain. »
La trajectoire de demande interroge : selon l’Agence de la transition écologique, la consommation d’électricité des centres de données pourrait être multipliée par 3,7 en France d’ici 2035 si les usages numériques se poursuivent au rythme actuel. Sur le terrain réglementaire, des critiques émergent. À Wissous (Essonne), trois associations attaquent en justice ce qu’elles estiment être un « saucissonnage » destiné à contourner l’évaluation environnementale. « L’impulsion politique très forte pour attirer les investissements se traduit par une législation de plus en plus permissive », juge Maxime Colin, de France Nature Environnement Île-de-France, évoquant des textes récents réduisant certaines possibilités d’information du public.
Les responsables écologistes mettent aussi en cause l’occupation du foncier et l’ordre de priorité des usages électriques. En Centre-Val de Loire, l’élu régional Jérémie Godet estime que le projet de 195 ha près de Châteauroux, soit « 279 terrains de football », avec une puissance d’1,2 à 1,3 GW « n’est pas compatible avec la transition écologique » et interroge la cohérence avec l’ambition de « souveraineté numérique ». À l’inverse, la filière affirme jouer la transparence : pour Michaël Reffay, délégué général de France Datacenter, « il n’y a jamais eu de volonté de la filière de forcer la main des élus, qui sont très désireux d’accueillir des milliards d’investissements ». Il soutient qu’un data center « est bien moins contraignant qu’une usine de méthanisation » et qu’« EDF en a besoin comme relais de croissance ».
Pour Maxime Efoui-Hess, du Shift Project, la trajectoire actuelle « revient à prioriser l’électricité pour les centres de données alors même que d’autres usages comme les véhicules électriques sont appelés à se développer ». En parallèle, RTE recense fin 2025 environ 14 GW de droits d’accès déjà réservés à des centres de données, illustrant la vitesse de concrétisation des projets.
[/quote]
https://www.connaissancedesenergies.org/afp/en-france-larrivee-denormes-centres-de-donnees-bouscule-les-territoires-260612