FOWLER a écrit :Il y a un aspect de la question que l'on aborde pas souvent :
Depuis 20 000 ans, à la louche, l'homme élève pour les consommer des animaux, veaux, vaches, cochons, couvées. Cette activité d'élevage a sculpté tout les paysages que nous connaissons, les espèces ont été modifiées par la selection, de nombreuses interactions se sont mises en place entre le milieu naturel et l'élevage. Aujourd'hui, cet ensemble vivant qui s'appuie sur une activité humaine, fait partie intégrante de la biodiversité. Qu'on le veuille ou non, nous en sommes responsables. Et dire aujourd'hui "je ne mange pas de viande" n'apporte pas plus de solution pour l'avenir, que de dire "j'aime le hockey sur gazon".
Et si on te dit "je mange 5 ou 10 fois moins de viande", ça passe ?
Et je vais t'expliquer comment c'était "avant", avec tous ces animaux qui ont façonné le paysage.
Ma mère est issue d'une famille paysanne. 2 parents, 5 enfants, 1 grand père à nourrir. Richesse : 1 maison principal, qq granges et maisons secondaires éparpillées, et qq ha dont ils sont propriétaires (donc ce n'était pas des paysans pauvres, mais pas riches non plus : c'était la "classe moyenne" rurale de l'époque.
Pour nourrir, chauffer et abriter tout ce petit monde, la solution adoptée (car ayant pas trop mal marché les décennies précédentes) était d'avoir:
- 1 ou 2 boeufs et éventuellement un mulet ou équivalent pour les travaux de force (souvent mutualiser entre plusieurs familles)
- qq vaches (3-4maxi) car ça permettait de reproduire les boeufs, et accessoirement de faire du fromage, et du surplus pour le marché (et ça entretient les prés : le jour où on veut cultiver, le pré est propre et non en taillis).
- des poules pour rentabiliser le blé perdu lors du battage (en fait non, c'était pour toujours avoir qqch de plus bête que soi qq soit les conneries qu'on faisait : si on se trouvait trop con, on se tournait vers les poules, et on était rassuré) Enfin bon je ne sais pas à quoi servait les poules mais y'en avait, parce que tout le monde en avait, peut être pour occupé le grand père ? Attirer le renard pour faciliter la chasse ? Faire des gateaux avec les oeufs ?
- qq moutons pour la laine (assez pour avoir du surplus, car c'était un des revenus principaux ! mais 20 moutons maxi)
- 1 cochon pour valoriser les déchets (mais pareil, fallait le nourrir quand même, mais tout le monde en avait, donc ils en avaient).
- pas de tracteur ni tronçonneuse ni aucun moteur thermique ou électrique avant les années 50.
Alors avec tout ça, ben de temps en temps ya une bête qui mourrait (ou qu'on aidait à mourir

), et ça faisait de la viande pour qq semaines ou mois (ou vendue).
Mais on n'élevait pas de bête pour la viande (à part le cochon, mais c'était le luxe que s'offrait la ferme).
Du coup, il y avait en effet "plein" de bêtes qui façonnaient le paysage, mais ça ne faisait pas pour autant de la viande pour tous les jours ! C'était plutôt 1 fois par semaine, et pas garanti !
Malgré tout ce n'était pas grave, y avait assez à manger pour tout le monde, et il n'y avait pas de carences (enfin pas plus que maintenant : malgré que l'on ait tout à disposition, on peut manger n'importe comment quand même).
A partir des années 50, les moteurs sont arrivées, permettant de produire plus (plus de vaches) et de vendre plus, avec moins de travail: tous les enfants ont pu faire des études après le certificat, ils ne travaillaient à la ferme que durant les vacances.
Personne n'a repris l'exploitation : les champs, étables et granges sont loués. Au grand désespoir de mon grand père alors qu'il a tout fait pour que ses enfants fassent des études (qu'ils ont réussi)... Il a été dépassé par les évènements, il ne pensait pas que le développement de l'après guerre allait se poursuivre au point que personne n'ai eu besoin de reprendre la ferme (exode rural, qui est une migration dans un seul sens , alors qu'auparavant l' "émigration" existait déjà, mais l' "immigration" aussi, donc ça se compensait : le développement a juste permis de diminuer l'immigration).