Le Royaume-Uni "remet le contrôle de son énergie à la France"
14.03.12 |
http://www.lemonde.fr/planete/article/2 ... met-le-con
trole-de-son-energie-a-la-france_1667794_3244.html
Londres, correspondance - Ils sont quatre, très influents anciens directeurs
des Amis de la Terre, l'une des associations britanniques les plus
puissantes sur les questions d'énergie. Jonathon Porritt, Tony Juniper,
Charles Secrett et Tom Burke ont tous les quatre tapé du poing sur la table,
ce mardi 13 mars, en envoyant une lettre au vitriol à David Cameron, le
premier ministre britannique.
Ils dénoncent son soutien sans faille à la construction de nouvelles
centrales nucléaires, avec un argument choc : "Le gouvernement est en train
de donner le contrôle de l'avenir énergétique et climatique du Royaume-Uni
au gouvernement de la France." Derrière ce "French bashing" toujours
efficace, le coup de gueule vise le nucléaire, et en premier lieu EDF, qui
espère construire quatre centrales EPR outre-Manche. C'est – de loin – la
principale entreprise derrière le renouvellement du nucléaire, souhaité par
Downing Street.
L'ANTI-"FROGGIES", UNE ARME MARKETING
Mais pour financer son gigantesque projet – autour de 25 milliards d'euros
au total –, la compagnie électrique française négocie depuis des années des
conditions d'investissement favorables auprès du gouvernement britannique.
Vincent de Rivaz, le patron de la branche britannique d'EDF, connaît par
cœur les ministres de l'énergie qui se succèdent depuis une décennie, et
fait tourner une machine de lobbying très efficace.
Il serait sur le point d'emporter la bataille, selon les quatre défenseurs
de l'environnement. Downing Street a lancé l'an dernier une grande réforme
de l'énergie, et EDF serait en passe d'obtenir les concessions désirées. "Le
gouvernement offre des subventions considérables au nucléaire", accuse M.
Burke, l'un des auteurs de la lettre.
Selon lui, la réforme apporte deux cadeaux importants à EDF. Le premier est
un "prix plancher" du CO2, qui force les entreprises qui émettent du gaz
carbonique à payer un prix croissant au fur et à mesure des années. Cela
rend comparativement plus rentables les énergies "propres" – renouvelable et
nucléaire –, qui n'émettent pas de CO2. Le second est un prix garanti pour
l'électricité propre, y compris nucléaire. Le niveau exact de ce prix est en
cours de négociation. "EDF a mis le pistolet sur la tempe du gouvernement
britannique, et lui dit que s'il ne lui donne pas ce qu'il souhaite, il
retirera son investissement", affirme M. Burke.
Bien sûr, l'attaque de l'ancien patron des Amis de la Terre contre les
méchants "Froggies" est avant tout une arme marketing. "C'est une façon de
mettre mal à l'aise un premier ministre eurosceptique", sourit-il. Sa vraie
cible est le nucléaire.
L'ÉNERGIE RENOUVELABLE PLUS ATTRAYANTE
Outre les dangers de cette technologie, il estime aussi que ses coûts sont
désormais trop élevés, particulièrement depuis l'accident de Fukushima l'an
dernier. "Il n'y a pas de raisons de croire qu'Areva [l'entreprise qui
fabrique le réacteur de l'EPR] sera capable de construire les nouveaux
réacteurs dans les temps et les budgets impartis, écrivent les quatre
auteurs de la lettre. Deux actuellement en construction ont quatre ans en
retard et coûtent deux fois plus que prévu."
Selon eux, mieux vaudrait mettre tous les efforts sur l'énergie
renouvelable, dont les coûts baissent rapidement. Sinon, l'argent des
contribuables britanniques risquent d'engraisser ces maudits Frenchies.
Eric Albert