Sylvain a écrit :Comme tu le dis, il a été expliqué
par la voix off des journalistes que Chavez coupait la parole du Premier Ministre et l'insultait.
- Que s'est-il passé avant que Chavez coupe la parole ?
L'a-t-on insulté ?
Quels ont été les propos et l'attitude du Premier Ministre espagnol ?
J'ignore les réponses à ces questions. En effet, la presse française a montré des extraits vidéos
particulièrement courts de « l'incident ».
Trop courts pour que nous nous fassions une idée de tout cela
par nous-même.
Effectivemment, les grands médias n'informent pas; ils donnent un avis déjà formé et on est priés d'être du même avis. Aucun élément nous permettant de nous forger notre propre avis ne nous est donné.
Je parle espagnol, et j'ai donc pu voir non pas trois minutes mais trois heures de ce qui a été dit à ce sommet (et filmé, car il y a aussi des choses qui ont été dites lors de la journée de "retraire" qui n'a pas été filmée).
C'était la fin du sommet, la déclaration commune était déjà redigée et prête à être signée; il n'y avait plus que les discours de clotûre.
C'est au tour du président Bolivien de parler, et il dit notamment que les services de base ne doivent pas être laissés aux mains d'interêts privés, et donner l'exemple de la catastrophe qu'a signifié dans son pays la privatisation de l'eau, et il dit aussi que le modèle néolibéral est un leurre, que s'il avait suivi les recommendations du FMI son pays continuerait à être un pays mendiant, et il explique comment depuis 1940 la Bolivie n'avait jamais eu de superavit et devait emprunter aux banques étrangères simplemnt pour payer les salaires des fonctionnaires de l'Etat.
Et comment, en nationalisant les hidrocarbures, le budget de l'Etat bolivien a pu passer de 300 millions d'euros a 2 milliards (je ne me souviens plus des nombres exacts, c'était peut-être 200 millions et 3 milliards, enfin, dans cet ordre là) et comment, malgré que pourtant l'Etat avait depensé plus que jamais, le pays était à nouveau en positif pour la première fois depuis 67 ans.
Puis c'est au tour du président espagnol de parler, et il parle pour dire qu'il n'est pas d'accord, que privé ou public c'est kif-kif, qu'il ne faut pas être dogmatique mais pragmatique (pourtant ce qu'avait dit Evo Morales c'était on ne peut plus pragmatique, basé sur une expérience concrète; pendant 67 ans la Bolivie allait très mal, et dès la première année où elle s'écarte du dogme capitaliste elle va vraiment beaucoup mieux); Zapatero commence aussi dire qu'il ne faut pas surestimer les facteurs externes et que, en gros, tous les malheurs de l'Amérique latine ne sont dus qu'aux latino-américains eux-mêmes; et il a même été jusqu'à faire des allusions de très mauvais goût sur la couleur de la peau des latinoaméricains et dire aussi que tout ce qui était culturellement important était toujours venu d'Europe, finissant avec un "même Marx était européen" avec un grand sourire.
Bien entendu, les présidents latinoaméricains ne pouvaient pas laisser passer ça; et une flopée a immediatemment demandée un droit de réplique.
Le premier à avoir son droit de réplique ce fut le président du Vénézuela, Hugo Chávez, qui dit que non, qu'on ne pouvait minimiser les facteurs externes, qu'on était au Chili, où justemment un président élu démocratiquement, Salvador Allende, avait été renversé et assassiné par la CIA, ce que le gouvernement des Etats-Unis avait d'ailleurs publiquement reconnu, et il a rappellé aussi que l'anterieur gouvernement espagnol, celui de zapatero, avait collaboré à un coup d'Etat contre lui même en 2002; et que seuls deux ambassadeurs au Vénézuela avaient applaudi ce coup d'Etat: celui des Etats-Unis et celui d'Espagne; et de rappeller que Aznar, l'ancien président espagnol, parcourt le monde pour créer une coalition anti-Chávez, qu'il est de mêche avec ceux qui conspirent contre le gouvernement élu, que Aznar insulte constamment le gouvernement vénézuelien, et que Aznar est un fasciste.
C'est alors que Zapatero demande un droit de réplique à la réplique (alors que c'est normalement au président du Nicaragua que revenait la parole à ce momment là), et qu'il demande de respecter Aznar, à ce momment là Chávez lui dit "dis-le lui à lui (à Aznar) ça, des-le lui à lui de respecter" et Zapatero qui dit qu'on ne peut pas traiter Aznar de fasciste car il a été élu par les espagnols, et Chávez qui lui réponds "Aznar peut être espagnol mais c'est néanmoins un fasciste" et c'est alors que le roi Espagnol intervient pour dire "pourquoi tu ne te tais pas?".
Ensuite, quand le président du Nicaragua peut avoir son tour de parole, il exige avoir le même temps que le président espagnol (qui a jusqu'à présent eu le plus de droits de réponse accordés); il denonce l'attitude de l'embassadeur espagnol qui a magouillé lors des éléctions, qu'il a les preuves et qu'il a déjà communiqué les noms au gouvernement espagnol; à ce momment le roi ne supporte plus et s'en va.
Ensuite, comme il n'y a plus de droits de réponse qui sont accordés, le président nicaraguayen cède ce qui lui reste de temps de parole au président vénézuelien pour qu'il puisse repliquer à Zapatero.
Le vice-président cubain va aussi défendre le Vénézuela et critiquer l'attitude espagnole.
Il faut aussi voir que un roi d'Espagne disant "tais-toi" à un président latinoamericain, ça a énormement choqué en Amérique latine, il s'agit, rappellons-le, de l'ancienne puissance coloniale.
Quant au fait que le roi Juan-Carlos s'y connaît en fascisme, c'est fort possible, il a en effet juré, "par Dieu et par les saintes écritures" de defendre les principes fascistes du franquisme; les images existent, ainsi que son apparution au balcon devant une foule le saluant le bras étendu.