et voilà sa réponse ...
Bonjour
Voici quelques rapides éléments de réponse ci-dessous.
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Le 30/03/11 19:08, Gilles a écrit :
> Cher Jean Marc
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> nous avons déjà parfois interagi et j'apprécie votre franc-parler, votre lucidité, et votre connaissance des chiffres. Ca me laisse d'autant plus de libertés pour porter un regard critique sur votre engagement (assez médiatisé), en faveur du nucléaire - et je ne suis sans doute pas le seul admirateur à en être troublé. En effet, il me semble qu'il y a quand même quelque soupçon de mauvaise foi, voire de mensonges par omission, dans l'argumentaire que vous venez de publier dans le Nouvel Obs, que je me permets de commenter ci-dessous. Si vous le permettez, je publierai également cette lettre sur un forum internet, (Oleocene) n'ayant pas de blog personnel, ce qui vous permettrait également d'y faire référence et d'y répondre si vous le désirez.
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Je n'interviens sur aucun forum, même si je suis cité d'une manière que j'estime tendancieuse, fausse, perverse, etc. Car si je commence à répondre dans ce genre d'endroits soit j'y passe la nuit, soit je perds par forfait contre tous ceux qui ont plus de temps que moi (ce qui n'est pas dur ; j'ai un peu de mal avec mon agenda en ce moment). La seule solution raisonnable est donc de laisser dire, même si c'est faux...
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> "Energie : les choix faciles, c’est fini"*
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> Tout à fait d'accord
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> 1° Le nucléaire est bien moins dangereux que la chimie ou le charbon. Tchernobyl (bien plus grave que Fukushima) a fait 10 à 100 fois moins de morts que l’explosion d’une usine de pesticides à Bhopal (Inde) en 1984. Que fait « sortir de la chimie » ? Les mines de charbon tuent 5.000 à 10.000 personnes chaque année, sans même parler de la pollution ou du CO2. Que fait « sortir du charbon » ?"*
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> Vrai, pour le moment, en nombre de morts. Mais on est passé plusieurs fois très près d'une "vraie" catastrophe, la fusion d'un corium qui transpercerait les derniers confinement et rejoindrait la nappe phréatique pour volatiliser l'ensemble du réacteur à des centaines de km à la ronde, en polluant probablement irrémédiablement la nappe de milliers de km2 pour des siècles. Alors, on dira quoi à ce moment ? "zut cette fois c'est plus grave que Bhopal" ?
voir http://www.manicore.com/documentation/Tchernobyl.html qui concerne l'événement le plus grave qui puisse être possible (le corium n'est pas une bombe : ca n'enverra pas les débris de la centrale à des centaines de km à la ronde, comme dans un mauvais Bruce Willis ! c'est juste du matériau en fusion, qui ne peut plus engendrer de réaction nucléaire en chaine car il n'y a plus de modérateur à neutrons)
Nous ne sommes donc pas passés près d'une "vraie" catastrophe qui aurait fait des millions de morts. Nous sommes passés à côté d'une catastrophe qui aurait rendue inhabitable quelques km2 de terre pour quelques années. Ce n'est pas rien, mais ce n'est pas non plus la fin du monde...
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> 2° Remplacer le nucléaire français par de l’éolien avec stockage hydraulique (qui perd 20% de la production initiale) coûterait de 500 à 1500 milliards d’euros et quintuplerait ou sextuplerait les barrages dans les Alpes. Avec du photovoltaïque, ce serait entre 4 et 10 fois plus cher. En restant dans l’atome, il faut 200 milliards pour renouveler le parc existant."
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> D'accord , on ne fera jamais une base électrique avec de l'intermittent.
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> 3° Le grand concurrent du nucléaire (15% de l’électricité mondiale) n’est pas l’éolien (qui en fait 1%) ni le photovoltaïque (moins de 0,1%) mais le charbon (40% du total) puis le gaz (25%). Si le Japon renonce au nucléaire, il utilisera du charbon et du gaz."*
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> Vrai, mais voir plus bas.
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> 5° Economisons, alors ! C’est impératif, quel que soit le choix retenu. Mais il n’y a qu’un moyen prouvé : augmenter constamment les prix de l’énergie (électricité, carburants, gaz), pour tout le monde sans exception. Tous les opposants au nucléaire sont-ils d’accord ?"*
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> D'accord ou pas d'accord, personne n'aura le choix de toutes façons
certes, mais je vous rappelle qu'une majorité de Verts étaient hostiles à la taxe carbone....
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> "
> 6° Pour satisfaire la feuille de route climatique, il faut diviser par quatre la consommation d’hydrocarbures (50% de l’énergie française) d’ici 2050. Le pic pétrolier en cours - et le pic gazier pas très éloigné - va certes s’en charger pour partie, avec quelques récessions en cadeau (la prochaine en 2012 ?), qui rendent discutable d’investir massivement juste pour échapper au nucléaire (40% de l’énergie française) sans aucun gain CO2."
> *
> Bon, voilà l'argument massue, le CO2. Mais cher Jean Marc, vous connaissez parfaitement vos chiffres sur le bout des doigts. Et vous savez parfaitement que malgré non cocoricos hexagonaux, au niveau mondial, le nucléaire ne fait que 5 % de l'énergie, soit 0,5 Gtep par an, et donc depuis le début de son utilisation , il n'a du produire que 15 Gtep à tout casser (sans jeu de mot). Ca fait quoi, 15 Gtep ? 3 ou 4 ppm de CO2 ! deux ans de consommations fossiles ! Voila, les 500 réacteurs, ça nous a évité 4 ppm et ça nous a prolongé de deux ans les fossiles.
cet argument se retourne contre tout partisan des renouvelables, et notamment l'éolien et le PV, puisque ces contributions sont respectivement 5 fois et 100 fois plus faibles que celles du nucléaire...
Par ailleurs votre raisonnement est faux pour partie : mon papier concerne le nucléaire français, et doit donc se ramener à la situation française. Et vous évacuez un peu vite le fait que dans une situation de pic pétrolier et de récessions, on aura modérément envie de doubler le fardeau, c'est ca mon argument principal (voir http://www.manicore.com/documentation/a ... Echos.html)
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> Et vous savez tout autant que si on additionne les réserves connues d'uranium 235, si on arrive à 100 Gtep , c'est bien le bout du monde. Donc pas plus que de pétrole, et peut etre l'équivalent de 20 ou 30 ppm de CO2 au total. Pas négligeable, mais c'est pas ça qui va faire la différence avec une catastrophe climatique ou pas.
encore une fois cet argument se retourne contre les renouvelables
> Et que donc , si on veut le rendre significatif, il faut non seulement passer aux surgénérateurs, mais en construire des milliers.
nous sommes d'accord
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> Alors il faut bien se rendre compte de ce que ça veut dire, des milliers de surgénérateurs, aux 4 coins de la planète - parce que les réserves à une élite scientifico-techno-démocratique, ça ne péserait pas très lourd sur le total. Par chance, le surgénérateur japonais (qui a mis 15 ans à rouvrir après un bete feu de quelques centaines de kg de Na consécutif à une bete panne de sonde thermique) etait du coté ouest de l'ile , ouf ! vous imaginez la rigolade si il avait été à Fukushima ? remarquez on n'aurait probablement plus à se fatiguer pour essayer de le refroidir ....
en fait les surgénérateurs ne contiennent pas d'eau sous pression dans le coeur (le circuit primaire est en sodium), donc ca n'aurait pas conduit à des relâchements de vapeur
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> mais pire que ça : qui vous dit que les surgénérateurs vont vraiment EVITER de bruler les Gtep de charbon et de gaz ?
personne. Qui vous dit que vous n'allez pas mourir demain ? Personne. Et donc si vous risquez de mourir demain, à quoi bon cotiser pour la retraite et faire des études ?
> vous savez bien, dans l'énergie, tout est bon, on ne fait que les entasser les unes sur les autres, et si on n'en a pas besoin plus tard , ben on les gardera pour la soif dans 10, 20 ou 50 ans. Alors ce CO2, avec ou sans nucléaire, il a quand meme toutes les chances d'etre émis un jour ou l'autre - l'électricité, c'est bien joli, mais ça ne fait pas tout, et des centrales thermiques en appoint ou dans les régions reculées,c'est bien utile.
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> Et donc non , même le nucléaire ne nous évitera pas les affres de la dépletion, à moins de parsemer la Terre de ces milliers de surgénérateurs au Pu (qui d'ailleurs sont très loin d'etre sortis de terre, vous savez très certainement que Superphénix aurait du attendre 30 ans à plein régime avant de produire assez de Pu pour alimenter un clone - un temps de doublement de 30 ans, c'est quand même poussif, avouez le, quand le problème est de répondre au pic fossiles...).
le problème est que si on commence à dire "pas ca", "pas ca", "pas ca", on se prépare juste l'enfer par effondrement total. Le risque de "pas de nucléaire" est bien pire que le risque de nucléaire pour relâcher une partie (et une partie seulement, nous sommes bien d'accord) de la pression qui va venir de la baisse voulue ou subie des combustibles fossiles.
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> Et puis de toutes façons, quand il n'y aura plus de charbon pour faire de l'acier, plus de pétrole pour faire des plastiques, des isolants, des lubrifiants, plus de diesel pour les générateurs de secours, une centrale nucléaire, ça sera aussi très, très compliqué à construire et à entretenir ....non?
pourquoi vous ne vous tirez pas une balle tout de suite

?
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> Bref , le nucléaire comme solution miracle ... c'est discutable non? combien de cadavres sarcophagés , remplis de combustible encore brûlant et plein de noyaux fissiles, couvert de béton se dégradant et se fissurant lentement, laisserons nous au cours des siècles à nos descendants ?
en fait il y a deux approches :
- ou bien vous acceptez de hiérarchiser
- ou bien vous n'acceptez pas. L'enfer étant pavé de bonnes intentions, dans le deuxième cas de figure vous aurez des emmerdement bien pires que dans le premier. On ne les évitera pas en totalité, c'est sûr, mais pourquoi souhaiter les aggraver ?
Bien cordialement
Jean-Marc Jancovici