Qantas retire ses Airbus A380 dès 2028 : le géant des airs poussé vers la sortie par un avion deux fois plus petit
Sylvain Duchampt le 27/08/2026
La compagnie australienne Qantas annonce jeudi 27 août 2026 qu'elle va commencer à retirer ses dix Airbus A380 dès 2028, quatre ans plus tôt que prévu, au profit d'A350-1000 et de Boeing 787. Le long courrier d'Airbus, fabriqué à Toulouse (Haute-Garonne) emporte moitié moins de passagers et peut assurer un vol entre Londres et Sydney. C'est précisément ce qui a condamné le géant des airs.
Après la fin de sa production et une certaine renaissance, durant l'après Covid, l'A380 connait certainement son dernier voyage. L'annonce de Qantas du jeudi 27 août en est l'un des symptômes. La compagnie australienne retirera ses dix Airbus A380 dès 2028, soit quatre ans plus tôt que prévu.
Il y a quelque chose de contre-intuitif dans cette fin annoncée. L'avion qui le remplace chez Qantas, l'A350-1000, transporte 238 passagers dans sa version Project Sunrise, contre 485 pour le géant à deux ponts. Un appareil deux fois plus petit chasse donc un appareil deux fois plus grand, et ce paradoxe résume à lui seul l'erreur de pari commise il y a vingt-cinq ans à Toulouse (Haute-Garonne).
La fin du modèle du hub
L'A380 avait été conçu pour un monde où le trafic long-courrier se concentrerait sur une poignée de très grands aéroports saturés, entre lesquels il faudrait déplacer des masses de passagers. C'est le modèle du hub. Le biréacteur moderne a imposé l'inverse : suffisamment économe pour être rentable sans être plein à ras bord, suffisamment endurant pour relier directement deux villes secondaires, il a fragmenté les flux au lieu de les concentrer. Sydney-Londres sans escale, que Qantas ouvrira avec ses A350-1000 spécialement configurés, est l'aboutissement de cette logique : une liaison que l'A380 n'a jamais pu assurer d'une traite.
C'est dans ce contexte qu'il faut lire l'annonce de ce jeudi. Qantas exploite dix A380 et comptait les faire voler jusqu'au milieu des années 2030. Le retrait commencera finalement en 2028. Pour combler le vide, la compagnie négocie avec Airbus et Boeing la conversion de vingt options en commandes fermes d'A350 et de 787, avec des livraisons à partir de 2030. Ces appareils s'ajouteraient aux douze A350-1000 de Project Sunrise, dont les premiers exemplaires doivent arriver à partir de l'an prochain.
Un vol sans escales
L'argument avancé par la directrice générale, Vanessa Hudson, tient en une phrase :
Les A380 ne sont plus en production, par conséquent le coût de ces appareils augmentera avec le temps en termes de maintenance, tout comme le coût des perturbations qui en découleront.
Vanessa Hudson, directrice générale de Qantas
C'est exact, mais c'est une conséquence plus qu'une cause. Si le quadriréacteur remplissait ses cabines, aucune compagnie ne s'inquiéterait de sa facture d'entretien. Le cercle est vicieux : chaque retrait réduit un peu plus la flotte mondiale, et donc la rentabilité de la chaîne de soutien qui la maintient en vol, ce qui pousse au retrait suivant. Airbus a livré le dernier des 254 exemplaires en décembre 2021, à Emirates, refermant une aventure industrielle lancée à Blagnac en 2003.
367 commandes d'A350-1000
Pour l'Occitanie, le symbole de la fin d'une époque. Le remplaçant est là, simplement il est plus petit et il se vend. En juillet 2026, Airbus annonçait ainsi 367 commandes fermes (114 livrés, 253 appareils en carnet).
L'annonce du retrait des A380 par la compagnie aérienne accompagne des résultats en repli : le bénéfice sous-jacent avant impôts de Qantas a reculé de 14 % sur l'exercice clos fin juin, à 2,06 milliards de dollars australiens, plombé par la flambée du carburant liée au conflit au Moyen-Orient. Les marchés ont malgré tout salué les perspectives commerciales, jugées solides, et l'action a bondi de 5,1 % à Sydney.