Re: [Véhicule électrique] la question des métaux rares
Publié : 04 juin 2019, 21:09
https://www.usinenouvelle.com/article/q ... es.N849835Qui pour concurrencer la Chine dans les terres rares ?
MYRTILLE DELAMARCHE Usine Nouvelle le 04/06/2019
La Chine extrait environ 80% et raffine 90% des terres rares, métaux stratégiques de la transition énergétique. Elle ne possède pourtant qu’un tiers des réserves mondiales, et son monopole est surtout dû à une politique de contrôle des prix qui freine le développement de producteurs concurrents.
La mine de Mountain Pass, aux Etats-Unis, est l'un des symboles de la difficultés des pays occidentaux à exploiter les terres rares de façon rentable. Elle est désormais contrôlée par un groupe chinois.
Les récentes menaces de Pékin de restreindre l’accès à ses terres rares aux Américains sur fond de guerre commerciale rappellent combien il est imprudent de sous-traiter la production de métaux stratégiques à un seul pays, ou presque. La Chine contrôle environ 80% de l’extraction et plus de 90% de la chaîne de transformation des terres rares. Elle n’abrite pourtant dans son sous-sol qu’un tiers
(44 millions de tonnes) des réserves mondiales de ces métaux omniprésents dans les énergies renouvelables et les produits technologiques (piles à combustible, alliages, aimants permanents des éoliennes et des moteurs électriques….). Pékin est d’ailleurs devenu en 2018 le premier importateur de terres rares, selon le cabinet Adamas Intelligence.
D’autres pays luttent depuis des années pour mener à bien le développement de mines et d’usines métallurgiques aussi complexes que coûteuses. Le principal frein à une démocratisation de la production n’est pas leur rareté, toute relative, mais la faible teneur du minerai, qui suppose une extraction extensive, et la difficulté de séparer ces 15 lanthanides (auxquels on ajoute l’yttrium et le scandium).
L’Australie : peu de réserves mais un regain de production
Le principal producteur hors de Chine est la compagnie australienne Lynas, dont la montée en puissance après une étonnante résurrection a ramené la part de la Chine de 97% de la production mondiale en 2010 à un peu plus de 70% en 2018. Deuxième producteur mondial de néodyme et de praséodyme, Lynas a notamment été soutenu par le Japon, qui a juré qu’on ne l’y reprendrait plus après l’embargo qu’il a subi de la part de la Chine en 2011. L’Australie possède, selon l’USGS (le BRGM américain), seulement 3,4 millions des 120 millions de tonnes de réserves de terres rares identifiées dans le monde. Mais elle est le deuxième producteur (20 000 tonnes) derrière la Chine (120 000 tonnes).
Les Etats-Unis tentent de se relever
L’américaine Molycorp s’en est moins bien sortie. Cette entreprise, qui exploitait la mine de Mountain Pass aux Etats-Unis, a fait faillite après que le Département américain de l’Energie lui a refusé une garantie de prêt. Le gisement de Mountain Pass, où l’activité a redémarré début 2018 après une mise sous cocon de trois ans, est aujourd’hui contrôlé par le transformateur chinois Leshan Shenghe Rare Earths (associé à deux fonds américains), vers lequel la mine exporte son minerai. La construction d’une nouvelle usine est néanmoins prévue en Californie pour fin 2020. Lynas envisage également la construction d’une unité de traitement au Texas. Les récentes menaces chinoises devraient faciliter le financement de ces deux usines.
Quelques producteurs discrets
Nouveau venu, le Burundi a exporté ses premières tonnes de terres rares en 2018. Rainbow Rare Earths vise une production de 5000 à 6000 tonnes de concentrés. L’Inde et la Thaïlande affichent également des productions modestes, ainsi que le Myanmar mais la porosité de sa frontière avec la Chine interroge sur la traçabilité de ses minerais.
La Russie, le Vietnam et le Brésil, poids lourds potentiels de la production mondiale
La Russie produit moins de 2% des terres rares. Selon l’USGS, elle en possède pourtant 10% des réserves, ce qui la place au quatrième rang mondial. Vladimir Poutine a souligné combien ces métaux étaient stratégiques pour la Défense du pays, sans pour autant trouver les moyens de soutenir le développement des deux projets en cours dans le pays. Le premier, mené par TriArk Mining et Rostec, ambitionne de produire 14 000 tonnes de ferroniobium et 16 000 tonnes d’oxydes de terres rares (10% de la production mondiale) d’ici 2023. Le second, plus modeste, envisage la production de tantale, de niobium et d’oxydes de terres rares extraits dans la région d’Irkoutsk au même horizon. Il est piloté par ZAO Technoinvest Alliance. Le Brésil, doté de réserves équivalentes à la moitié des réserves chinoises, a une production symbolique (1000 tonnes annuelles) et décroissante. Le Vietnam, avec des réserves tout aussi importantes, ne produit que quelques centaines de tonnes.
Et l’Europe ?
L’Europe n’a pas de réserves significatives de terres rares. Mais, comme souvent, elle a des idées. L’expert des terres rares Jack Lifton rappelait il y a quelques années que Solvay possède actuellement le procédé de séparation des terres rares le plus avancé, et plusieurs entreprises européennes comme Less Common Metals, Siemens et Bosch en maîtrisent la chaîne de transformation.
Malgré son caractère hautement stratégique, le marché des terres rares reste modeste, en valeur, comparé à d'autres métaux. Il est évalué à 9 milliards de dollars pour 150 000 tonnes d'oxides. Une étude récente relève néanmoins que les terres rares entrent dans la composition de produits d'une valeur totale de 7000 milliards. Un téléphone portable en contiendrait en moyenne un demi gramme, un climatiseur 120 grammes, un vélo électrique 200 g, une voiture à moteur thermique 1 kg, une Toyota Prius 15 kg, une éolienne jusqu'à 200 kg (pour 600 à 800 kg d'aimants permanents), un chasseur F35 quelque 400 kg et un sous-marin 3600 kg.



