Les sociétés américaines se mettent au vert sans rougir
par Scott Malone
BOSTON (Reuters) -
Les sociétés américaines qui, il y a peu encore, ne voulaient pas entendre parler de la question du réchauffement de la planète, seraient en train d'ouvrir les yeux, voire même de reconnaître leur participation au phénomène, quitte à profiter de la vague écologique ambiante pour améliorer leur image.
Hausse du prix du pétrole aidant 
, de grands groupes comme General Electric ou le chimiste DuPont ont pris des mesures pour rendre leurs installations industrielles plus efficaces d'un point de vue énergétique et pour réduire leurs émissions de gaz à effets de serre, considérées comme responsables du réchauffement climatique.
De nombreux scientifiques estiment que l'augmentation des émissions de gaz à effets de serre causées par la combustion des énergies fossiles, comme le pétrole et le charbon, sont responsables du relèvement des températures constaté un peu partout dans le monde, et du déclenchement des catastrophes qui pourraient s'en suivre : élèvement du niveau des océans, vagues de chaleur, ouragans dévastateurs...
Pendant de nombreuses années, les grandes sociétés américaines ont affirmé que les changements de température étaient naturels. Selon elles, on ne pouvait dire si les émissions de gaz à effet de serre avaient une influence sur le climat. Mais ce discours n'est aujourd'hui plus de mise sauf chez quelques récalcitrants comme le pétrolier Exxon Mobil.
Ainsi le conglomérat General Electric a-t-il dévoilé l'an dernier ses produits "Ecomagination", qui vont des machines à laver aux moteurs d'avions censés permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Tout en augmentant le chiffre d'affaires de GE.
Le conglomérat a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de 10,1 milliards de dollars dans les produits à consommation d'énergie réduite. L'objectif est de doubler ce montant d'ici 2010. Les sommes consacrées à la recherche sur ces produits devraient également être multipliées par 2 d'ici 2010 pour atteindre 1,5 milliard de dollars.
"Nos clients sont de gros consommateurs d'énergie qui cherchent à être plus efficaces en la matière", commente Lorraine Bolsinger, la responsable du programme Ecomagination. "Quand nous parlons à nos clients, ils nous disent : 'c'est ce que nous voulons'", affirme-t-elle.
"C'EST FACILE D'ETRE VERT"
L'assureur American International Group, après avoir perdu 2 milliards de dollars suite aux ouragans de l'an dernier, a déclaré au mois de mai qu'il allait développer des projets pour maintenir les gaz à effet de serre hors de l'atmosphère.
Le triplement des cours du pétrole - le baril de brut américain dépasse les 73 dollars en ce début de semaine - s'est également révélé une force incitative.
Le chimiste DuPont a pu réduire de plus de 70% ses émissions de gaz à effet de serre depuis le lancement d'un programme spécifique au début des années 90, tout en diminuant sa facture énergétique de quelque trois milliards de dollars, affirme Edwin Morgan, responsable de l'énergie et de l'environnement au sein du groupe américain.
Dans une étude publiée au mois de mars, le Ceres, un groupement d'investisseurs institutionnels et de groupes de défense de l'environnement qui représente plus de 3.000 milliards d'actifs sous gestion, a classé DuPont au deuxième rang des sociétés faisant des efforts pour réduire le réchauffement mondial, derrière le britannique BP.
Les sociétés n'oublient pas de faire connaître les efforts déployés. "C'est facile d'être vert", affirme ainsi la publicité de Ford pour son nouveau 4x4 hybride

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Mais malgré les efforts de certains, les émissions ayant continué à augmenter depuis la dénonciation par les Etats-Unis en 2001 du Protocole de Kyoto, et certains observateurs estiment que le seul moyen fiable de réduire les gaz à effet de serre serait de réglementer les émissions.
Le protocole de Kyoto prévoit qu'à l'horizon 2008, ces émissions devront avoir été ramenées sous leur niveau de 1990.
La menace n'est pas prise à la légère, au point que certains investisseurs ont commencé à faire le siège des sociétés pour qu'elles s'opposent à une réglementation sur la question du réchauffement climatique. Le Fonds d'action pour la libre entreprise (Free Enterprise Action Fund) a ainsi demandé à General Electric et à la banque J.P. Morgan Chase de s'opposer à la création de telles règles.
Si elle inquiète certains gérants, la perspective d'une loi anti-réchauffement n'a pas l'air d'effrayer Lorraine Bolsinger chez General Electric, qui estime qu'elle n'entraverait pas la compétitivité du groupe.
"Sans une certaine réglementation, on ne voit pas comment des progrès importants pourraient être faits", estime-t-elle. "Aucune réglementation à venir ne nous fait peur."