Re: [Crise] Banques et établissements financiers en difficulté
Publié : 09 mars 2009, 14:24
L'Etat britannique prend le contrôle du colosse fragile Lloyds Banking Group
le monde a écrit :Annoncée samedi 7 mars, la nationalisation du groupe, résultat de la fusion, en octobre 2008, de la Lloyds TSB et de Halifax Bank of Scotland (HBOS), peut être à double titre qualifiée d'historique. D'abord, pour la compagnie elle-même, déjà contrôlée à 43 % par le gouvernement. Comme on l'a vu lors d'une opération similaire visant la Royal Bank of Scotland (RBS), quand le Trésor prend le capital d'une banque, il nomme de nouveaux dirigeants afin de veiller à ce que le ménage soit fait.
"CAMBRIOLAGE"
Pour le secteur bancaire ensuite, puisqu'après cette nouvelle mainmise de la puissance publique, HSBC et Barclays, qui ont refusé l'aide gouvernementale, restent les deux seuls établissements de renom à demeurer privés.
"Les actionnaires de Lloyds TSB avaient investi dans une banque saine et prudente, allergique aux risques. La fusion avec HBOS, établissement pourri, est le pire cambriolage de l'histoire", se lamente Roger Lawson, porte-parole de l'UK Shareholders'Association, représentant les petits porteurs britanniques. S'estimant grugés, ces derniers accusent le premier ministre, Gordon Brown, d'avoir forcé la main à la banque, bénéficiaire l'an dernier, pour qu'elle rachète à l'automne 2008 HBOS, en faillite virtuelle en raison de ses déboires sur le marché du crédit hypothécaire. A les écouter, le 10 Downing Street a permis l'opération en ignorant les entraves à la concurrence bancaire créées par ce nouveau mastodonte. En effet, l'établissement possède un tiers du marché britannique des crédits hypothécaires et un quart des prêts aux petites et moyennes entreprises.
Plus des trois quarts des actifs toxiques de LBG proviennent de HBOS et de ses placements inconsidérés dans les crédits hypothécaires à risque (subprime). A l'évidence, Lloyds TSB n'a pas procédé à une vérification en profondeur des comptes de son futur partenaire. "La direction de Lloyds TSB a voulu aller trop vite. Elle a fait une confiance aveugle aux comptes de HBOS au lieu de passer au crible le bilan", souligne un observateur de la City.
Face aux critiques, Gordon Brown réplique que l'initiative de la fusion est venue de la direction de Lloyds TSB, pas du Trésor. Depuis des années, le président de l'enseigne au cheval noir, Sir Victor Blank, caressait le rêve de capturer HBOS. En revanche, le directeur général, Eric Daniels, instruit de son expérience chez Citigroup, était plus réticent envers le modèle de banque universelle préconisé par son président. Sa stratégie de s'en tenir au métier de base, le service aux particuliers et aux entreprises, était soutenue par les petits porteurs. Mais les investisseurs institutionnels, qui s'inquiétaient de la faiblesse du bilan de Lloyds TSB face à ses rivaux engagés dans la course au gigantisme, ont soutenu Victor Blank contre Eric Daniels.
Après la prise de participation majoritaire du Trésor, LBG n'est pas au bout de ses peines. La quasi-totalité de son chiffre d'affaires est réalisée au Royaume-Uni, en proie à la plus grave récession depuis la guerre. Par ailleurs, le nouveau colosse est numéro un dans des secteurs du marché particulièrement vulnérables au ressac, comme les crédits hypothécaires, les prêts non garantis aux promoteurs immobiliers et les cartes de crédit. Or, en échange de l'aide gouvernementale, LBG s'est engagée à alimenter en argent frais l'économie britannique en rouvrant le robinet du crédit.
Marc Roche