Jeuf a écrit :non non, ça ne se passe pas comme ça...les opérations "annexes" font peut-être perdre 30% au plus, mais pas des facteurs 4 ou 9... pas d'à priori idéologique, je vous prie.
en fait, il faudrait le mesurer/calculer, tout simplement...
Si j'ai avancé ces chiffres, c'est suite à la lecture du NREL sur le sujet. Cela m'a donné une petite idée sur les "opérations annexes". Par exemple, pour obtenir de bon rendements, il faut brasser l'eau dans un étang artificiel ovale. Pour les US, il faudrait donc brasser 4 millions d'hectares d'étangs (théoriquement, estimation basse idéale !), soit 80 fois le lac Léman. Si on suppose une profondeur d'un mètre pour les bassins, cela fait 4 gigatonnes d'eau à brasser avec des petits moteurs à hélice à longueur d'année. Ca consomme combien d'énergie ça ? Au passage, il faut oxygéner l'eau, et la charger en CO2.
Sur les rendements, les résultats d'expérience font état de 10 grammes par mètre carré et par jour dans le meilleur des cas. En pratique, ils ont plutôt obtenu 4 grammes...
Ensuite il faut récolter et sécher la biomasse. Là, soit on vide les étangs (qui ne produisent plus pendant ce temps), soit on étale les algues sur d'autres surfaces.
Puis il faut raffiner la biomasse, qui contient les huiles, certes, mais aussi des sucres et des protéines pas du tout intéressantes. Du coup t'as besoin de beaucoup d'éthanol : 3 molécules pour en réduire une d'huile, afin d'obtenir des esters. Or la production d'éthanol a un rendement énergétique passablement nul, dans les 15 ou 20%...
A chaque fois, tu te retrouves avec un gros facteur divisant tes rendements.
En fait, le NREL estime dans son rapport que l'affaire n'est pas rentable, car même avec un coût de 50 dollars par tonne de charbon (ben oui hein, les algues c'est pas une énergie renouvelable), on obtiendrait un gallon de diesel à 4 dollars. Et tous ces calculs sont faits
dans le meilleur des cas. Je crois que je n'ai pas assez souligné ce dernier point.
On ne parle en effet pas tellement des contaminations des cultures par d'autres algues et microorganismes (que se passe-t-il si un zooplancton se met à se goinfrer d'algues ? On ne rencontre pas le cas dans une étude de labo, mais si on étend le truc, tôt ou tard on tombera sur le prédateur furieux qui traîne discrètement dans un coin d'écosystème. Extrait du rapport du NREL : "An important lesson from the outdoor testing of algae production systems is the inability to maintain laboratory organisms in the field". En d'autre termes, leurs expériences n'ont en fait pas marché). On ne parle pas non plus de l'approvisionnement en eau : elle doit être à 25-30 °C. Sur des millions d'hectares, ça fait pas mal d'eau qui s'évapore (et si la température tombe, les rendements s'effondrent, de sorte que c'est même pas envisageable en Europe). D'où le besoin de conduites nombreuses, de stations de pompages (qui bouffent encore de la surface utile autour des étangs artificiels). On ne parle pas des besoins énergétiques pour l'entretien de millions de bassins. On ne parle pas des problèmes de salinisation (avec l'évaporation surtout, sachant que les algues poussent surtout dans de l'eau salée).
On ne parle pas de l'impact écologique dévastateur du truc : car il s'agit en fait de provoquer une eutrophisation. Ca on connaît en Bretagne, ce sont les algues vertes sur les plages, et les cours d'eau littéralement tués par asphyxie. On n'a jamais rien pu en tirer pour obtenir de l'énergie tellement les rendements finaux sont nuls.
En fait, plus je retourne l'idée dans ma tête plus je la trouve débile et criminelle : on a déjà un problème environnemental majeur avec les algues vertes, et voilà que des neuneus veulent nous en fabriquer des surmultipliées par trafic génétique et les étaler sur des milliers de km² !!!
Une autre ânerie : ils prétendent qu'on ne manque pas de place, qu'on peut faire ça dans les déserts. Mais il n'y a personne dans les déserts. Où ira l'énergie produire par les centrales au charbon nécessaires pour donner du CO2 à manger aux algues ???
Un titre rigolo dans le rapport : "The high cost of algae production remains an obstacle". Mais évidemment, même eux ne font pas le tour de la question... La solution ? "the need for highly productive organisms capable of near-theoretical levels of conversion of sunlight to biomass". Ouarf ! Tant qu'à faire quoi : pour que ce soit rentable il faudrait, une photosynthèse à 100% (chez les plantes, le rendement est d'environ 2%, ça peut aller jusqu'à 10% chez les algues, mais ce taux n'est atteint qu'avec une faible luminosité, au crépuscule par exemple, avec... dans les 10% de la lumière maxi à midi !).
Autre truc amusant : l'EROEI estimé (toujours dans le meilleur des cas) est de 3 ou 4 pour 1. Grosso modo ce qu'on obtiendrait avec une bête pompe à chaleur géothermique...
On est en plein dans les errements du paradigme réducteur/disjonctif : on découpe le problème en petits problèmes, et chaque solution est individuellement convaincante, parfois spectaculaire. Mais l'assemblage de toutes ces solutions n'a aucun sens. C'est un peu comme l'hydrogène : c'est super, du moment qu'on fait les progrès techniques nécessaires à un gain d'un facteur 100...