Pour contrer les idées reçues sur la multitude de derricks dans les paysages des zones à hydrocarbures de schiste, je conseille au lecteur d’afficher GOOGLE EARTH aux environs du point de coordonnées (longitude : 102° 24’ 58,43″ ouest, latitude : 48° 16’ 51,67″ nord), au sud-ouest de la ville de Stanley dans le Dakota du Nord. On est dans le « Bakken ». Le développement de cette zone est terminé, avec des forages horizontaux orientés ONO-ESE.
On peut faire plusieurs commentaires sur l’image qui apparaît.
1. Les paysages sont surtout façonnés par le cadastre américain du nord : les paysages sont découpés en « sections », des carrés d’un mile de côté, soit 257 hectares chacun. Ces sections ne sont pas seulement cadastrales, elles façonnent les paysages, avec tous les chemins qui suivent les méridiens et les parallèles.
2. Les plates-formes où sont situées les puits sont le long de ces chemins ; Il y a deux raisons à cela : d’abord ces chemins existent déjà, ce qui évite d’en créer de nouveaux (et de créer de nouvelles lignes électriques, en plus de celles que l’on voit bien le long des chemins) ; mais surtout la réglementation limite le nombre de puits à 4 par carré d’un mile de côté (ce qui correspond à un « spacing » de 160 acres, sachant qu’une section représente 640 acres) ; comme les puits doivent être forés horizontalement, la meilleure façon de maximiser la longueur du drain horizontal des puits, tout en restant dans le périmètre possédé par l’exploitant des puits, est de partir d’une arête du carré.
3. En agrandissant une plate-forme, on voit qu’il n’y a que les puits (un ou deux par plate-forme), les cuves de stockage de pétrole brut, et la fosse de brûlage du gaz, que l’on voit nettement brûler à la plate-forme située aux coordonnées : 102° 22’ 48,44″ Ouest, 48° 15’ 12,61″ Nord.
4. On voit que les plates-formes sont grandes : 140 mètres par 140 mètres pour la plate-forme dont les coordonnées sont données au 3 ci-dessus, soit 2 hectares. C’est inutilement grand, et il serait possible de faire tenir l’ensemble des installations sur une surface réduite des trois quarts. Le plus ennuyeux est la fosse de brûlage, que la sécurité oblige à installer à l’écart, d’au moins 30 mètres. La surface de 2 hectares était probablement nécessaire lors de la réalisation des forages, et des opérations de fracturation hydraulique, mais elle cesse de l’être au départ du derrick. Généralement, en fin de forage, les pétroliers procèdent à une « réduction d’emprise », pour minimiser l’impact foncier de leur activité. Au Dakota du Nord, les raisons de la conservation d’une telle superficie peuvent être les suivantes : le loyer n’est pas cher ; le propriétaire et l’exploitant du terrain ne font pas le forcing pour récupérer leurs terres ; la compagnie pétrolière conserve une grande superficie pour le cas où la réglementation changerait, et où le nombre de forages autorisés par section augmenterait (à 8 par section, par exemple, soit un spacing de 80 acres, qui n’a rien d’extravagant) : dans un tel cas, la plate-forme pourrait de nouveau accueillir un derrick pour le forage de nouveaux puits.
5. Le développement du Bakken est suboptimal, et la maximisation de l’emprise foncière est due au mode de fonctionnement en Amérique du Nord : les sections sont mises aux enchères une par une, et les compagnies pétrolières doivent optimiser chaque section individuellement, plutôt que d’optimiser le développement de l’ensemble. Un développement d’ensemble pourrait se faire avec beaucoup moins de plates-formes : par exemple, deux plates-formes, situées de part et d’autre d’un même chemin, développent des sections différentes. Dans un schéma plus logique, les puits seraient regroupés sur la même. Malheureusement, les sociétés opératrices ne veulent, ou ne peuvent, adopter ces solutions que le bon sens exigerait.
6. Mon propos vise le pétrole de schiste. Le gaz de schiste, c’est encore plus simple : pas de brûlage, gaz systématiquement transporté par gazoducs jusqu’à un centre de traitement et donc pas de cuves, pas d’unité de pompage à balancier, juste un groupe de têtes de puits beaucoup moins visibles sur chaque plate-forme, et superficie de la plate-forme encore réduite par rapport au pétrole.
7. On le voit, on est loin des « milliers de derricks » à filmer par les caméras du Tour de France dans le Gard, le Gers ou la Lozère (
http://www.lemonde.fr/planete/article/2 ... _3244.html).
8. Il faut rappeler que Monsieur Philippe MARTIN était membre de la mission parlementaire qui s’est rendue aux USA au printemps 2011, avec François-Michel GONNOT. Il a forcément vu que l’emprise foncière des hydrocarbures de schiste, depuis la banalisation du forage horizontal, est devenue extrêmement réduite, et très loin des images que l’on voit régulièrement du comté de Garfield dans le Colorado, où les puits sont visiblement verticaux. J’aurais aimé que Monsieur MARTIN se montrât objectif.