@E2100
Je suis globalement d'accord avec toi sur l'ensemble de tes remarques mais resterai tout de même beaucoup plus nuancé en ce qui concerne l'approvisionnement en uranium.
La claque que nous avons pris au Niger n'était pas seulement commerciale, mais surtout politique. Sinon, un certain nombre de visites de notre président comporte l'aspect approvisionnement en matière fissible: en Libye avec leurs réserves de HEU et leurs gisements frontaliers avec le Niger, au Maroc avec les réserves phosphatées, etc. La capitalisation boursière des sociétés concernées explosent et dépassent ce qui est imaginable sans marasme, cf Uramin par exemple. Pour reprendre l'expression de Sarkosy en Libye, "AREVA a besoin d'uranium". Je crois bien au marasme, même si mes discussions avec les professionnels de ce secteur m'a montré que eux ne partagent pas mon pessimisme. L'histoire a montré que jusqu'à présent, c'est moi qui ai eut raison.
@th
Je souhaiterai revenir sur les centrales thermiques en construction, sujet qui te tiens à coeur (et tu as bien raison). J'aimerai beaucoup nuancer ton propos pour corriger ce qui me semble être des erreurs d'appréciation.
Il y a en France un parc thermique classique de 27 GW, dont un peu moins de 15 GW centralisé. C'est autant qu'il y a 10 ans, et a peine plus qu'en 1980.
Voir "statistiques annuelles" RTE, page 13. Je t'invite également à lire le
bilan prévisionnel 2007, page 39 et suivantes.
Ce parc est vieux, doit s'adapter aux nouvelles conditions règlementaires sur la pollution (directive GIC), d'où un certains besoin en capacités de production thermique. C'est donc normal qu'il y ai des projets.
Il y a dans ce domaine un élément important que tu ne prends pas en compte et qui fausse ta vision du thermique : sur les 12 GW de projets thermique qui ont signer une offre de raccordement chez RTE,
un nombre important de ces projets ne se fera pas. Chez RTE, il suffit de payer 10% du cout de ce raccordement (soit que dalle quand tu demandes à être raccordé sous un poste HTB) pour te réserver les capacités d'évacuation. Les thermiciens le savent bien et ne se privent pas. Cela crée certains gros problèmes, puisque les lignes sont du coup saturés artificiellement et cela empêche les autres producteurs de se raccorder dans la zone. La situation est du coup ultra discriminatoire, puisqu'elle empêche parfois certains producteurs avec de vrais projets de se raccorder à cause de petits malins qui ont payés qq k€ il y a des années sans réel projet industriel. [Et cela ne semble pas déranger la CRE !!!]
Voila donc pourquoi tu as l'impression qu'il y a tant de thermique. La réalité sera beaucoup plus soutenable, et heureusement. De plus, beaucoup de thermiciens devront voir leurs plans à la baisse compte tenu de l'explosion de la production éolienne (env. 4,5 TWh en 2007, deux fois plus dans deux ans et demie).
Donc, oui il y a du thermique en construction, mais cale n'a pas de quoi t'effrayer, surtout que ces centrales (gaz cycle combiné avec un rendement de 60%) sont d'un point de vue écologique et émission de CO2 bien meilleure que celles qu'elles remplacent.
Pour revenir à l'EPR, je continue à dire que nous n'avons pas besoin d'EPR, et je pense qu'il sera difficile de me faire changer d'avis la dessus. Nous sommes aujourd'hui en très forte surproduction d'élec nuke (cf 63 TWh d'export), 3 réacteurs vont être "libérés" grâce à GBII (+ 17 TWh en 2013), et il y a une certaine marge d'augmentation de puissance des réacteurs actuels (modeste, certes, avec 300 MW en plus d'ici 2012, soit 1,5 TWh en plus). Si on ajoute à cela la très forte augmentation dans les renouvelables (+ 45 TWh minimum grace à l'éolien d'ici 2020; le repowering des grands barrages, quelques TWh grace au PV (mais potentiellement beaucoup plus), qq TWh grace à la biomasse et déchets,
et pour faire plaisir à transparence, les centaines de TWh grâce aux centrales géantes du sahara), cela fait encore beaucoup de marges.
Si à cela tu ajoutes l'indispensable MDE, la baisse continue des consommation industrielles due aux fermetures en cascade d'entreprises et de la fin de notre industrie, les hivers plus doux qui nous font économiser beaucoup en chauffage électrique (17 TWh économisés l'hivers dernier) et surtout (et c'est de loin le plus important) la forte augmentation du prix de l'électricité qui va arriver d'ici qq années, couplé à la baisse générale du pouvoir d'achat, tu te rends compte que nous n'avons absolument pas, mais vraiment absolument pas besoin d'un réacteur nuke de plus.
Pour ta remarque sur le gaz russe, je ne bosse pas pour Gazprom, alors oui, c'est pas bon du tout, mais c'est à peine pire que l'uranium nigérien. Sinon, je crois qu'aucun pays européen ne produit 84% de son électricité par le gaz, dont 40% proviendrait de russie, un cinquième de réserves stockées épuisées d'ici 5 ans, et dont son approvisionnement après 2013 est conditionnée à la réalisation d'immenses gazoducs en mer profonde.