Tiens, personne n'avait relevé le dossier en trois parties

sur le sujet sur leblogfinance (dont une des journalistes était venue nous dire bonjour sur le forum)
Bon, je recopie tout, échange de bons procédés puisqu'elle avoue venir chercher de l'info ici!
Bourse iranienne du Pétrole : info ou intox ? (1/3)
Bourse iranienne du Pétrole : info ou intox ? (2/3)
Bourse iranienne du Pétrole : info ou intox ? (3/3)
IranoilParmi les sujets qui suscitent polémiques et controverses, tout spécialement sur Internet, il en est un qui déchaîne les passions autant que les imaginations : l'ouverture d'une éventuelle Bourse iranienne du Pétrole, annoncée pour le mois de mars prochain.
Alors, prémisse de la fin du monde ou 'hoax' planétaire ? Les positions sur le sujet sont souvent plus tranchées qu'elles ne sont réfléchies. Afin d'y voir plus clair, Le Blog Finance a mené son enquête.
En voici les résultats. Première partie : le contexte.
Commençons par un rapide tour d'horizon des textes qui circulent sur Internet, la presse papier n'ayant guère abordé ce sujet. Le site Financial Sense de l'américain Jim Puplava, qui donne la parole à des investisseurs non conformistes du monde entier, a publié quelques articles sur ce sujet. A commencer par celui de l'autrichien Toni Straka, daté d'août 2005 et intitulé "La Bourse iranienne du Pétrole pourrait tuer le dollar américain".
Plus récent et cité par nombre de sites internet et de forums, l'article publié sur Le Metropole Café et repris - entre autres - sur Financial Sense et Gold Eagle : "La proposition de Bourse iranienne du Pétrole". Il est rédigé par Krassimir Petrov, présenté comme un professeur d'économie à l'Université américaine de Bulgarie.
En Français, ces textes ont été relayés par les sites d'informations dits "alternatifs", comme Bellaciao, ou encore Franck Biancheri et son Europe2020, qui se présente comme un "think tank" européen. Des sites qui annoncent la cotation du pétrole en euros dès le 20 mars prochain en Iran ainsi que la fin du système mondial basé sur le dollar américain. Rien de moins.
Journaliste du site FranceBourse.com de Jean-David Haddad, notre consoeur Aurélie Noailly prend une position nette : tout cela n'est qu'affabulations, selon l'article qu'elle a publié voilà une dizaine de jours. A notre connaissance, cette prise de position par un organe de presse français, fut-il en ligne, est unique en son genre.
Ce genre de polémique n'aurait vraisemblablement pu avoir lieu sans l'existence d'Internet, des forums et des blogs, et du "réflexe Google". Le tout sans prendre soin de vérifier les sources, recouper un minimum l'information et s'assurer de la vraisemblance des résultats. Encore un effet inattendu de la mondialisation ?
C'est un tort, un grand tort car cette affaire a bel et bien un fond de vérité. Un fond seulement. Reprenons les choses dans l'ordre avec un semblant de méthode.
* Commençons par le commencement...
Schématiquement, les négociations du pétrole sont libellées en dollars américains. Les deux principaux marchés sont le New York Mercantile Exchange (Nymex) et l'ex-International Petroleum Exchange (IPE) du marché de Londres, devenu ICE Futures, du nom de l'entreprise d'Atlanta, Incontertinental Exchange qui l'a racheté en 2001. Sur l'ICE, le baril de référence est le fameux "Brent" de Mer du Nord. Une centaine d'entreprises sont enregistrées auprès de l'ICE et interviennent sur le marché au travers des "traders" qu'elles emploient.
AutowerParallèlement à ces grands marchés internationaux, le développement de marchés régionaux est une réalité. Dans le golfe persique, Dubaï a lancé en 2003 son Dubai Metals & Commodities Center (DMCC), dirigé par David Rutledge, ancien vice-président du New York Board of Trade. On peut y échanger des pierres précieuses, quelques produits de base comme le thé, et même de l'or depuis l'année dernière. Des produits sur l'énergie sont également envisagés. Les cotations ont lieu en devise locale, convertie en dollars américains. Le 14 février dernier, le DMCC s'est félicité de compter 700 membres d'origine "régionale et internationale". (Ci-contre, la future "Au Tower" - Tour de l'Or - qui devrait être terminée en 2007. Elle est sise non loin de l"'Ag Tower" - Tour de l'Argent. Ces deux immeubles abriteront les métiers des métaux précieux).
En 2002, dans le registre spécialisé des métaux précieux, la Chine a ouvert les portes du Shangaï Gold Exchange qui, comme son homologue émirati, étend progressivement la gamme de produits financiers qu'il propose aux investisseurs. Ils sont cotés en yuans, comme les contrats échangés sur le TOCOM japonais, bien plus ancien, sont négociés en yens. Ce dernier propose nombre de produits, comme des 'futures' sur pétrole cotés en yens.
Deuxième partie de notre enquête sur la Bourse iranienne du Pétrole : les sources d'informations iraniennes sur le sujet, reprises par ordre chronologique. Et dans le détail !
* Les sources iraniennes sur le sujet
Nous l'avons vu, l'idée même d'un marché régional n'a rien de farfelu. D'ailleurs, cela fait bien longtemps que la République islamique d'Iran parle de développer sa propre plate-forme de négociation. Elle ne s'est pas privé, ces dernières années, d'en afficher l'intention haut et fort.
Il faut dire que Téhéran est le deuxième plus gros exportateur de pétrole du Moyen Orient, juste après l'Arabie saoudite. Les sources que nous recensons ci-après témoignent de la continuité cette volonté.
Le projet de Bourse iranienne du Pétrole remonte au Troisième Plan de Développement couvrant la période 2000-2005. Mais en tant que tel, il n'a démarré qu'en 2003.
Les premiers préparatifs dont nous avons trouvé trace remontent à 2004. Dans le numéro du 20 octobre 2004 du quotidien Iran Daily, édité par l'agence de presse gouvernementale iranienne IRNA (Islamic Republic News Agency), un article indique que "le Ministre du Pétrole Bijan Zanganeh a ordonné récemment à Javad Assemipour de lancer un marché de produits pétroliers dans le pays, en prélude à la prochaine Bourse du pétrole. La Bourse proposera des produits sur le diesel, le gas-oil, le mazout, le kérozène et d'autres produits [le pétrole brut n'est donc pas cité en tant que tel, NDLR]. Ce qui veut dire donner aux Iraniens le contrôle sur la négociations des produits pétroliers".
Le 27 décembre 2004, ce même journal annonçait la signature d'un mémorandum entre les ministères de l'Economie et du Pétrole sur ce sujet. Hossein Talebi, présenté comme Directeur des Technologies de l'information de la National Iranian Oil Company (NIOC), déclarait que "la Bourse du pétrole s'efforcera de faire de l'Iran la principale plate-forme de négocation pétrolière de la région", indiquant au passage que "la plupart des transactions seront réalisées par Internet" et que cette bourse "pourrait aider au développement de l'industrie pétrochimique". L'article indique ensuite que selon Assemipour, un "consortium" liant les ministères de l'Economie et du Pétrole ainsi que la Bourse de Téhéran et des courtiers sera créé. La date d'ouverture est précisée : "d'ici mars 2006".
Iranmap L'édition du 25 janvier 2005 - les choses avancent vite - publie les propos du directeur général de l'Organisation de la zone franche de l'île de Kish (KFTZO, en anglais), qui indique que la Bourse du pétrole sera établie sur son île. "Nous avons préparé le terrain pour que les compagnies étrangères puissent déménager d'Assalouyeh à Kish, en créant les infrastructures nécessaires". Cliquer sur la carte pour l'agrandir et localiser Kish et Assalouyeh.
Pour mémoire, Assalouyeh est un petit port qui accueille depuis 1998 la Zone économique spéciale pour l'énergie de Pars (acronyme anglais : PSEEZ). Il s'agit d'une zone franche située à une centaine de kilomètres du champs d'hydrocarbures de Pars Sud. Créée en 1998, son but est de doter l'Iran d'un complexe pétrochimique complet en attirant les capitaux étrangers. Selon les propos de son directeur général rapportés par Iran Daily en juillet 2005, la zone d'Assouleyh avait absorbé à cette date 20 milliards de dollars d'investissements étrangers.
Changement de direction par rapport à l'article du 27 décembre : l'article du 25 janvier 2005 indique que "des produits pétrochimiques, du pétrole brut et les produits gaziers seront négociés sur ce marché". Le brut est donc nommément cité. Assemipour indique dans l'article que ce marché pourrait accroître la transparence du marché et attirer des capitaux étrangers.
Mais une dépêche de l'agence IRNA datée du 8 mars 2005 indique que lors d'une conférence de presse, le ministre du Pétrole Zanganeh "a déclaré que la Bourse ne permettra pas la négociation de pétrole brut, mais de produits dérivés". L'article cite "les dérivés du pétrole et les produits pétrochimiques".
Puis survient une phase de doute. L'article suivant, en date du 11 mai 2005, rapporte les propos de Heidar Mostakhdemin-Hosseini, président de la Bourse de Téhéran, qui indique que le dossier de la Bourse du Pétrole "n'a même pas été discuté sérieusement" pour le moment, doutant qu'elle soit prête à temps.
* Assemipour parle clair devant le Petroenergy Information Network
Pinlogo Une interview accordée par Javad Assemipour le 30 mai 2005 au réseau Petroenergy Information Network (P.IN.), qui rassemble des journalistes iraniens spécialistes de ce secteur et dont on ne sait pas grand' chose si ce n'est que son contenu est de qualité, donne beaucoup des précisions. Dans cette interview modifiée jusqu'au 9 août, qui n'est plus disponible sur le site du P.I.N. mais se trouve en cache sur Google, Assemipour déclarait que "l'autorisation de la Bourse de Téhéran était nécessaire pour ouvrir la Bourse du Pétrole".
Il précise que le "consortium" précité, dirigé par la Bourse de Téhéran, a mené des études sur le sujet "de concert avec l'IPE et le NYMEX". Espérant que le marché démarre avant le départ du président Khatami, Assemipour ajoute que "nous sommes supposés commencer avec des dérivés du pétrole comme le goudron et les produits pétrochimiques".
Les courtiers qui opéreront sur le marché seront envoyés en formation à Londres, et ceux qui seront admis sur le marché devront justifier d'une bonne assise financière. A la question "Cette bourse est censée rendre les négociations plus transparentes. Cette politique s'appliquera-t-elle au pétrole, au gaz, au produits pétrochimiques etc ?", Assemipour répond clairement : "Nous ne négocierons vraisemblablement pas du pétrole brut ou du gaz sur ce marché". Plus loin, il ajoute que les filiales du Ministère du Pétrole seront juridiquement obligées de vendre leurs produits sur ce marché.
Assemipour se montre optimiste sur l'ouverture internationale de sa Bourse, indiquant que "les grands courtiers profiteront d'une présence sur l'IPE, le NYMEX et le marché pétrolier iranien". A la question "Pourquoi ne commencez-vous pas la négociation de pétrole brut pour faire connaître davantage la Bourse ?", Assemipour répond : "Nous préférons commencer avec des produits plus bénins, nous avons le temps pour le brut. Vendre du brut dès le début ferait émerger certaines menaces. Nous commencerons avec des produits simples pour régler les premiers défauts du marché. Puis nous pourrons prendre une décision sur le pétrole brut".
Finalement, Assemipour estime que "la Bourse de Dubaï est calquée sur le NYMEX et c'est la raison de son échec. (...) Les échanges de Dubaï ne reposent que sur le brut alors que travaillons sur l'ensemble des produits pétroliers, le gaz et les produits pétrochimiques".
L'élection d'un nouveau président, un handicap ?
AhmadinejadFin juin 2005, l'ancien maire de Téhéran et ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad (photo) est élu à la magistrature suprême en Iran. Dans l'édition du 13 juillet 2005, Mohammad Ehtiati, directeur général de la Petrochemical Commercial Company, plaide pour la régulation du marché pétrochimique domestique selon les règles internationales, alors que leurs prix sont pour l'heure divers et souffrent de la corruption. "Aussi longtemps que les prix pétrochimiques seront sous contrôle de l'Etat, le marché souffrira d'instabilité", indique-t-il. Lui aussi craint que la Bourse du Pétrole ne soit pas mise en place avant le départ effectif du président Khatami. Et que les produits pétrochimiques ne soient pas éligibles de toute façon à ce marché, "en raison du manque de dynamisme des mécanismes de fixation des prix".
* Le coup d'envoi de la Bourse du Pétrole officiellement lancé durant l'été 2005
Le 27 juillet 2005, Iran Daily indique que selon un officiel de haut rang, la Bourse de Téhéran a donné son accord au lancement de la Bourse du Pétrole. Heidar Mostakhdemin-Hosseini, encore lui, annonce que la Bourse sera mise en place dès lors que le Ministre du Pétrole aura présenté son point de vue sur l'organisation du courtage. Il ajoute, selon le journal, que "les logiciels qui serviront au fonctionnement du marché seront développés en partenariat avec des compagnies étrangères". L'article indique lui aussi que le pétrole brut sera négocié sur ce marché.
Une dépêche du Petroenergy Information Network du 26 juillet rapporte qu'Assemipour, architecte de la Bourse du Pétrole, a déclaré à l'occasion que le marché, dont il attribue la paternité au président Khatami, sera bien installé à Kish. Assemipour ajoute que 180 marchés mondiaux et instituts divers ont été consultés avant que cette décision ne soit prise. Il annonce également l'ouverture de succursales à Assalouyeh et Ahvaz.
Opecsource_1Le 2 août 2005, Iran Daily annonce que "les grandes lignes du projet ont été ratifiées (...) et que les lois nécessaires seront prochainement adoptées". Précis, l'article précise que "la phase d'émission des bons de participations commencera dimanche", soit le 7 août 2005. Le Bulletin de l'OPEP de l'été confirme cet état de fait (voir la brève ci-contre, cliquer sur l'image pour l'agrandir), en reprenant manifestement la dépêche P.I.N. du 26 juillet.
Euro or not euro ?
Le 7 septembre 2005, un papier titré "la Bourse du Pétrole n'utilisera pas l'euro". Heidar Mostakhdemin-Hosseini, qui joue décidément un rôle central dans cette affaire, "rejette les informations selon lesquelles la Bourse du Pétrole utilisera l'euro comme devise officielle". "Le Conseil de la Bourse n'a pas pris une telle décision", déclare-t-il. "Un consensus doit être atteint sur la Bourse du Pétrole avant de discuter le détail du projet et d'éventuelles succursales" dans tout le pays. Et il ajoute que le Conseil de la Bourse devra déterminer quel type de transactions pourront intervenir sur le marché.
Mais dans une pleine page titrée "Renoncer au dollar", l'Iran Daily change de ton le 24 septembre. Rapportant un article de l'Asia Times, l'article s'ouvre sur le prix du baril et la manière dont acheteurs et vendeurs pourraient faire baisser les coûts de transaction. "Les pays qui ne détiennent pas de réserves de changes en dollars sont victimes d'un coût additionnel de transaction dans le commerce du pétrole. La nécessaire conversion des devises locales en pétro-dollars peut être considérée comme une taxe déguisée facturée par le secteur bancaire international. La Bourse du Pétrole (Iranian Oil Bourse, ou IOB), en supprimant ce coût de transaction, contribuera au déboulonnage du dollar comme monnaie dominante". On n'est pas plus clair, mais pas de nouvelles pour autant de la Bourse de Téhéran. Il s'agit ici de l'opinion de la rédaction du journal, non de faits précis ou de décisions récentes.
Plus loin : "Sevrée de dollars "tout puissants", la devise US peut avoir un impact plus profond sur l'économie américaine qu'une attaque nucléaire". De plus en plus clair, mais toujours pas de faits. Et encore : "le pétrole libellé en euros bénéficierait infiniment plus à l'Union européenne et ses partenaires commerciaux (les premiers d'entre eux, au Moyen Orient, sont Européens, NDLR). Et cela dessererait la poigne des Etats-Unis sur l'OPEP". Et enfin : "Il faudrait peut-être se rappeler que Saddam Hussein était en pourparlers discrets avec l'UE, proposant de vendre son pétrole contre des euros. C'était l'année qui a précédé la première guerre du pétrole de ce siècle".
Une dépêche de l'agence MehrNews datée du 2 décembre 2005 répercute des propos rapportés de l'agence Iranian Students News Agency (ISNA) : le président de la Commission Energie du Parlement, Kamal Daneshyar, aurait déclaré que "des mesures préparatoires ont été prises afin de vendre le pétrole en euros plutôt qu'en dollars, ajoutant qu'une telle mesure, très positive, devrait être prise dès que possible". Mais il ajoute ensuite que "dans un premier temps, les négociations devraient se produire dans les deux devises, avant que l'euro ne deviennne graduellement la devise principale". Puis personne ne viendra confirmer cet état de fait. Et on ne sait pas grand' chose non plus de l'agence Mehr News qui apporte cette information.
Dans l'édition du 2 novembre 2005 d'Iran Daily, Assemipour (aurait-il survécu au changement de président ? Pas si sûr : le journal le présente maintenant comme un "expert confirmé") s'oppose à la libéralisation de l'importation des produits raffinés pour répondre à une demande en forte hausse, proposant de pousser le secteur privé à augmenter les capacités de raffinage. Il précise au passage qu'une "Bourse du Pétrole pourrait également contribuer à réguler le marché des carburants".
Le ministère du Pétrole change de titulaire en décembre 2005
Hamaneh Le 11 décembre 2005, et après avoir rejeté les trois candidats précédents proposés par le président Ahmadinejad, le Parlement iranien vote la confiance au ministre du Pétrole qui remplace Bijan Zanganeh, Kazem Hamaneh (photo), un homme du sérail, professionnel de l'industrie pétrolière iranienne.
Dans l'édition du 27 décembre 2005, une pleine page titrée "Les principales missions du nouveau ministre du Pétrole" nous donne des nouvelles d'Assemipour. Citant l'agence l'Iran Labor News Agency (ILNA), Iran Daily rapporte qu'il a déclaré que "des changements majeurs parmi les hauts postes du ministère, comme Ahmanadinejad l'avait demandé, sont peu probables". Se réjouissant du choix du nouveau ministre, Assemipour indique que "l'accomplissement de réformes administratives et managériales de longue haleine sont la clé du développement de l'industrie pétrolière". Assemipour plaide encore pour la transparence du secteur pétrolier, vue comme un facteur de développement ; il évoque la Bourse du Pétrole à ce propos. Peut-être décoche-t-il une flèche à la corruption quand il précise : "cela [la Bourse du Pétrole] conduirait les négociants à avoir accès à l'information sur le secteur, et favoriserait une saine marche des affaires".
Un peu plus loin dans ce même numéro,Iran Daily titre "la Bourse pétrolière de Kish est essentielle". Abdohlraman Nadimi, vice-président de la KFTZO, vante la situation stratégique de l'île de Kish. Et il précise que "certaines banques étrangères ont ouvert des succursales à Kish". Le site de KFTZO indique qu'au 28 janvier, trois banques étrangères sont présentes à Kish : Standard Chartered Bank, une banque britannique, l'allemande Eihbank, et Future Bank, un joint venture entre des banques iraniennes et la Ahli United Bank de Bahrain. Nadimi ajoute : "un grand nombre de grandes compagnies pétrolières ont transféré leurs bureaux à Kish, qui est proche des régions pétrolifères".
L'édition du 24 janvier 2006 d'Iran Daily rend compte d'un article paru du
http://www.gold-eagle.com. Manifestement, il fait référence à celui de Krassimir Petrov.
Enfin, dans l'édition du 4 février dernier, Iran Daily rapporte que Majid Abbaspour, dirigeant de l'Association Economique de l'Energie, confirme le "lancement du projet [de la Bourse du Pétrole, NDLR] en mars, afin de déjouer les tentatives américaines de placer le marché pétrolier sous son contrôle. Il a déclaré que de nombreux pays comme la Chine et la Russie veulent négocier le pétrole en euros plutôt qu'en dollars US, en notant que des pays occidentaux ont exprimé leurs inquiétudes quant à l'établissement d'une Bourse iranienne du Pétrole".
On n'en saura pas davantage, mais nulle part Iran Daily n'a indiqué que la négociation du pétrole sur la Bourse de Kish aurait lieu en euros. Seule la dépêche de Mehr News rapporte cette information, mais elle n'est relayée par aucun responsable technique du projet.
Enfin, voici la troisième et dernière partie de notre enquête et nos conclusions sur cette affaire. A la question "Info ou intox ?", nous ferons finalement une sorte de réponse de Normand, informations à l'appui.
Nous avons tout d'abord tenté d'obtenir confirmation des projets de Téhéran auprès des organismes officiels de l'Etat iranien. Contactés par mail par le Blog Finance, les ministères iraniens du Pétrole, de l'Economie, la Bourse de Téhéran, l'Organisation de la zone franche de Kish, les agences de presse pré-citées et l'ambassade d'Iran en France n'ont pas répondu.
* La Bourse iranienne du Pétrole vue par des sources étrangères
Jusqu'à présent, nous avons cité des médias exclusivement iraniens. Ces sources sont très peu reprises par les organes de presse occidentales. Certes, elles sont plus ou moins proches ou soumises au pouvoir de la mollarchie de cette République islamique. Mais il n'en reste pas moins qu'elles doivent être consultées en premier lieu, d'autant que la qualité de certaines d'entre elles, comme le P.I.N., est remarquable.
Parmi les sources pertinentes sur la Bourse du Pétrole, nous avons trouvé un bulletin d'information de la Mission économique française à Téhéran, service qui dépend fonctionnellement du Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie et hiérarchiquement du Quai d'Orsay.
Dans son édition de septembre 2005, Les Nouvelles d'Iran font le point sur ce dossier en citant les sources et ses contacts locaux qu'elle estime les plus fiables. Voici l'article qui nous intéresse.
Les Nouvelles d'Iran, publication de la Mission économique française à Téhéra N° 39, septembre 2005
Née lors de l’élaboration du 3ème plan quinquennal, l’idée de la création d’une Bourse du Pétrole en Iran a pris corps en juin 2005 avec la création dans la zone franche de l’île de Kish de Iran’s International Oil Bourse Company (IIOBC). Le capital de cette société (12,5 M USD) est réparti entre l’ensemble des filiales du ministère iranien du pétrole (70%), la zone franche de Kish (10%), la bourse de Téhéran (10%) et la Fondation des déshérités (10%).
La bourse sera dotée d’un conseil exécutif présidé par un représentant du ministère du pétrole. L’organe de régulation des opérations de bourse en Iran, le Conseil de la Bourse (Shoraye Bourse) nommera 11 courtiers qui seront envoyés à Londres en formation. Des sociétés de courtage étrangères associées à un courtier iranien pourront opérer sur ce marché. Il convient, toutefois, de rappeler que selon les règles en vigueur, seuls les acheteurs agréés par le ministère du pétrole peuvent se porter acquéreur des produits pétroliers iraniens.
La création de la bourse du pétrole, du gaz et des produits pétrochimiques a été entérinée par le Conseil de la Bourse le 25 juillet. Une commission de 4 membres (MM. Nadimi, Nosrat Rahimi, Saghafian et Kazem) a été nommée le 3 août par le ministre Zanganeh pour aider à se mise en place. Les transactions devraient, dans un premier temps, se limiter aux produits pétrochimiques.
Ces informations corroborent les plus fiables de celles que nous avons extrait dans nos sources iraniennes.
Et une info de première main !
Interrogée cette semaine par Le Blog Finance, une source digne de confiance qui souhaite conserver l'anonymat déclare qu'à part les articles de presse, elle n'a eu vent d'aucune confirmation officielle de la date d'ouverture de cette Bourse, pas plus que de son mode de fonctionnement ou de la cotation des produits en équivalent euros.
Cette source ajoute que ses contacts informels avec un responsable de la compagnie pétrolière nationale NIOC lui avait confirmé, début janvier, que les produits pétrochimiques seraient négociés dans un premier temps. Mais que depuis lors, les hommes ont changé.
Selon elle, à défaut de confirmation officielle, une ouverture de la Bourse iranienne du Pétrole le 20 mars 2006 lui semble crédible sur les produits pétrochimiques et les condensats. Mais pas sur le pétrole brut, et ce pour au moins trois ans. Elle a rapporté les réserves de spécialistes sur la possibilité même d'une cotation du pétrole brut pour un membre de l'OPEP, "sans parler de la cotation en euros qui pose de vraies questions techniques".
En guise de conclusion : pas plus de pétrole que d'euros !
Au final, la Bourse iranienne du Pétrole pourrait éventuellement ouvrir ses portes le mois prochain, même si l'absence de communication officielle ne plaide pas en ce sens. D'autant que le titulaire du ministère du Pétrole a changé il y a seulement trois mois. Et qu'on ne sait pas si Hamaneh prendra la direction suivie par Zanganeh, ni même si Assemipour, l'architecte du projet sous la présidence Khatami, est encore en poste sous celle d'Ahmadinejad.
Cependant, une chose est sûre : le discours des médias officiels iraniens autour de ce sujet est devenu nettement plus incisif depuis l'arrivée au pouvoir du nouveau président et la crise nucléaire. Mais on attend toujours que cela se traduise dans les faits.
Enfin, et en réponse à la polémique initiale, si la Bourse du Pétrole d'Iran est bien un projet en cours du gouvernement iranien, la cotation du pétrole brut, de surcroît en euros, ne nous semble absolument pas confirmée par les éléments et les sources que nous avons consultés.