Re: Le Sénégal
Publié : 04 sept. 2024, 20:12
https://lemarin.ouest-france.fr/peche/l ... 83746dd621Des pêcheurs artisans portent plainte contre un champ gazier en mer au large du Sénégal
L’Association des pêcheurs artisanaux de Saint-Louis, au Sénégal, soutenue par l’ONG Lumière synergie pour le développement (LSD), a déposé plainte en août contre deux entreprises, British petroleum (BP) et Kosmos energy (KE), qu’ils accusent de contribuer à la raréfaction de la ressource halieutique et l’activité qui en découle.
Les pêcheurs dénoncent le manque d’engagement des multinationales avec les communautés affectées, dont les moyens de subsistance dépendent de la pêche. | ARCHIVES/SOLÈNE LE ROUX
Mélanie CHARTIER. Le marin Publié le 04/09/2024
Les pêcheurs artisans du Sénégal se mobilisent contre le champ gazier en mer Great tortue ahmeyim (GTA) avec le soutien de l’ONG Lumière synergie pour le développement (LSD). Ils ont déposé plainte contre les deux multinationales à l’initiative du projet : British petroleum (BP) et Kosmos energy (KE).
Installé à 10 km de la ville de Saint-Louis, ce champ gazier soutenu par la Société mauritanienne des hydrocarbures (SMH) et la compagnie de production pétrolière sénégalaise Petrosen, s’étend de part et d’autre de la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie. C’est l’un des plus grands projets énergétiques d’Afrique. Il devrait produire environ 2,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an et la production devrait débuter d’ici la fin de l’année.
Des récifs coraliens menacés
Dans leur argumentaire, les pêcheurs mettent en avant la présence de deux chaînes parallèles de récifs coralliens en eaux profondes de 400 km de long, à environ 50 mètres des côtes mauritaniennes et sénégalaises. Or, la plateforme centrale du hub qui représente plus de 3 200 tonnes de structure métallique et 200 éléments préfabriqués en béton, a été installée au sommet d’un de ces récifs essentiel pour la faune marine. Les coraux abritent de nombreuses espèces ciblées par les pêcheurs, notamment des daurades, des pageots et des mérous et constituent un lieu de reproduction.
Les associations accusent les entreprises de ne pas avoir respecté les principes directeurs de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ces principes reposent sur les recommandations que les gouvernements adressent aux entreprises multinationales concernant leur contribution positive au progrès économique, environnemental et social et la réduction, a minima, des impacts négatifs de leurs activités, leurs produits et leurs services.
Un appel au président Bassirou Diomaye Faye
Les deux associations soulignent également les lacunes de l’étude d’impact environnemental de BP, jugée superficielle et incomplète , ainsi que le manque d’engagement des multinationales avec les communautés affectées, dont les moyens de subsistance dépendent de la pêche.
L’activité représente 3,2 % du PIB du Sénégal et 12 % du PIB de la région de Saint-Louis , arguent les pêcheurs. Ils dénoncent également des menaces de la part de la marine sénégalaise leur interdisant d’approcher des installations bien au-delà des 500 mètres préconisés par les entreprises gazières.
Des cas de destruction d’engins de pêche ont même été recensés. Les pêcheurs avaient déjà organisé un rassemblement en juillet pour alerter des difficultés croissantes pour trouver de la ressource depuis la construction de la plateforme gazière.
Ils font aujourd’hui appel au président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, afin qu’il fasse pression auprès des firmes internationales pour qu’ils respectent leurs obligations et leur engagement de créer un récif artificiel pour favoriser le retour des poissons.
Le nouveau dirigeant, investi en avril dernier a déjà été interpellé par le secteur de la pêche pour intercéder sur un autre projet gazier, celui de Sangomar, au sud de Dakar.