Re: société post-pétrole : l'exemple de Cuba
Publié : 21 juil. 2013, 14:09
http://www.romandie.com/news/n/_Cuba_de ... 130839.aspCuba devrait renoncer au pétrole et produire plus d'éthanol de sucre
Romandie le 04 Juillet 2013
LA HAVANE (Cuba) - Après quatre campagnes infructueuses de recherche pétrolière dans le golfe du Mexique, Cuba devrait se re-concentrer sur la production d'éthanol de sucre, a estimé l'expert cubano-américain Jorge Piñon dans un entretien avec l'AFP.
Si j'étais Cuba, j'abandonnerais pour le moment ma stratégie de recherche de pétrole en eaux profondes et mettrais tous mes efforts dans la recapitalisation du secteur sucrier, affirme l'ex-chef d'Amoco Oil pour l'Amérique latine, aujourd'hui chercheur au Centre de politique internationale en énergie et environnement de l'université d'Austin, aux États-Unis.
Le secteur sucrier non seulement permet la production de sucre et d'éthanol, mais aussi d'électricité, sans aucun risque exploratoire comme le pétrole, estime l'expert interrogé par courriel par l'AFP.
Cuba consomme seulement environ 8.000 barils quotidiens d'essence, ce qui n'est pas surprenant compte tenu de la faiblesse du parc automobile, explique Jorge Piñon en soulignant que la consommation est de l'ordre de 25.000 barils/jour au Guatemala ou de 50.000 à Porto Rico.
En misant sur le sucre, Cuba peut atteindre une production de 70.000 barils/jour d'éthanol, suffisant pour son parc automobile domestique et exporter, affirme-t-il.
L'ancien président cubain Fidel Castro avait toujours été très réticent à l'éthanol, jugeant qu'utiliser une production agricole à des fins énergétiques participaient à la hausse des prix des produits alimentaires et à la faim dans le monde. Son frère Raul, qui lui a succédé en 2006, a en revanche entrepris quelques projets à petite échelle.
Après avoir produit jusqu'à plus de 8 millions de tonnes de sucre par an à la fin des années 80, Cuba ne produit aujourd'hui que 1,5 million de tonnes.
Quatre groupes pétroliers - Repsol (Espagne), PDVSA (Venezuela), PC Gulf (Malaisie) et Zarubezhneft (Russie) - ont exploré en vain depuis début 2012 la zone économique cubaine.
Les trois premiers l'ont fait au nord de Cuba avec la plate-forme italienne pour eaux très profondes Scarabeo-9, qui est partie en Afrique occidentale. Zarubezhneft a suspendu en mai ses recherches au centre-est de Cuba avec la plate-forme Songa Mercur et annoncé une nouvelle campagne de recherches en 2014.
Cuba produit environ la moitié de ses besoins en pétrole et importe le reste (100.000 barils/jour) du Venezuela à des conditions avantageuses.
Selon Jorge Piñon, Cuba ne peut pas compter sur de nouvelles campagnes d'exploration dans les trois à cinq années à venir.
Certaines concessions de six ans viennent à expiration et devront être renégociées, souligne-t-il.
Il est extrêmement difficile pour une compagnie internationale de perforer à Cuba, notamment en raison du manque d'équipement, ajoute M. Piñon en référence à l'embargo américain contre Cuba qui interdit l'utilisation de nombreux matériels.
Enfin, une campagne d'exploration en eau profonde, c'est 100 millions de dollars, rappelle-t-il.
Mais l'infrastructure pétrolière cubaine peut toutefois être source de revenus, juge l'expert. Le port de Matanzas, la raffinerie de Cienfuegos et l'oléoduc qui les relie au centre du pays peuvent servir de centre de raffinage et de stockage de brut et de produits dérivés pour les Caraïbes et le golfe du Mexique, note Jorge Piñon.
Cuba pourrait être le centre idéal pour la Chine pour y traiter la production régionale et en exporter les produits dérivés, et tout cela aux portes du plus gros consommateur au monde, les Etats-Unis, conclut l'expert.