Bonjour à toutes et à tous,
Pour une fois je vais me fendre d'un commentaire, et rappeler pourquoi je ne serai pas candidat en 2022.
Etre candidat, c'est une occupation à plein temps. Prétendre que l'on peut à la fois revendiquer la magistrature suprême et faire quoi que ce soit d'autre (y compris rester président du Shift Project), c'est à la fois une illusion et probablement impossible juridiquement (Hulot avait du quitter la présidence de la FNH quand il est passé en politique). Or je pense que je suis plus utile à parler aux électeurs comme président de TSP que comme candidat éphémère à une élection que je ne peux pas gagner ,c'est une évidence.
Etre candidat, c'est engager des millions d'euros de son argent personnel en étant raisonnablement assuré de ne pas les revoir (il faut faire plus de 5% au premier tour pour avoir un remboursement conséquent :
https://presidentielle2017.conseil-constitutionnel.fr/... ). Je ne les ai pas. Certes je pourrais organiser un financement participatif, mais là on ne parle plus de quelques centaines de milliers d'euros, on parle de 10 fois plus, et dans un contexte où la défiance du politique rend la collecte plus difficile que pour un but humanitaire.
Etre candidat, c'est descendre dans une arène où tous les coups bas sont permis, et où rien n'est moins sur que de conserver la maîtrise de son agenda de com. C'est la presse qui décide de quoi on va parler, pas les candidats. Si l'essentiel du débat tourne autour de la sécurité ou de l'immigration, parler d'enjeux de long terme (même s'il y a un lien entre tout ca et l'énergie) sera très difficile. La presse parle de ce qu'elle comprend, pas nécessairement de ce qui est important.
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Etre candidat n'autorise pas le retour en arrière, sauf pour les avocats et les médecins à la rigueur. Mais dans mon métier, il faut être sans cesse "à la page" pour bien faire son travail. A Carbone 4 ma spécialité est de m'occuper de méthodes, et au Shift Project de contribuer sur le fond bien plus que sur la gestion au quotidien (ce pour quoi il y a une excellente équipe). En ayant décroché un an et demi on perd une partie de sa compétence. Et, quoi qu'en dise Vincent Rigoulet, une personne marquée par le combat politique, qui force souvent à caricaturer, agresser, etc (cf le point précédent sur les media) empêche un "retour à la normale" avec le monde de l'entreprise. On peut le regretter, mais c'est ainsi. Les personnes qui ont "fait le saut" de la vie civile à la politique, à de rares exceptions près, restent en politique ensuite (ou pantouflent dans des conseils d'administration, mais ce n'est pas mon but).
Il ne faut pas non plus oublier que si je me présentais, les premiers à se sentir menacés seraient les écologiques "canal historique", à savoir EELV, et le débat se focaliserait immédiatement sur le nucléaire, parce que c'est kle meilleur moyen de me "neutraliser" auprès de l'électorat sensible aux questions d'environnement, qui est traditionnellement plutôt contre. "Janco pronucléaire" serait répété en boucle, et je passerais mon temps à être enfermé dans ce sujet de discussion, avec la complicité active de medias qui y verraient une manière simple et compréhensible de traiter le problème, puisque c'est déjà ce qu'ils font (les sollicitations dont je fais l'objet surreprésentent le nucléaire, même si j'en décline une partie). A nouveau je rappelle que leur gestion de l'information est de parler de ce qu'ils comprennent, et ils comprennent facilement "pour ou contre le nucléaire". Il n'est absolument pas garanti qu'il me serait possible de parler de déclin pétrolier (que les media ne comprennent pas, je le sais pour avoir fait le test un certain nombre de fois, et la meilleure preuve est qu'ils n'en parlent jamais), de décroissance subie pour causes énergétiques (que les media ne comprennent pas plus, car là aussi ils en parlent très peu), de planification de l'économie (qui obligerait à un discours avec beaucoup plus de recul sur la "bonne" manière de construire l'Europe, et présenterait un exercice délicat de non amalgame avec des partis qualifiés d'extrémistes par la presse, par exemple ceux qui réclament un retrait de la France de l'UE), bref évoquer les sujets de fond dans les dépêches reprises des débats ayant lieu sur des plateaux de télé est un exercice qui n'a rien à voir avec les évoquer dans des rapports de 100 pages et des webinaires d'une heure et demie.
A contrario, il est possible d'influer sur le débat politique en étant dans ma position, et c'est très exactement ce que nous essayons de faire. Faire de la politique n'est pas juste être élu. The Shift Project est dans le débat politique. Terra Nova a écrit une large partie du programme du candidat Hollande, et cela a joué un très grand rôle dans ce qui s'est passé ensuite. La place de candidat n'est pas nécessairement la meilleure ou la plus appropriée pour peser sur le débat d'idées. En créant le Shift Project, j'ai choisi une voie, qui est celle du monde associatif prenant globalement de plus en plus de place dans les échanges sur le fond. Je ne vois aucune raison de changer actuellement.
Si "mon temps était venu", comme semble l'indiquer Vincent Rigoulet, ce n'est pas 3% que je ferais, mais 20%. Tant que je suis assuré de faire 3%, "y aller" en abandonnant ce qui est en cours de construction (et pas terminé) est lâcher la proie pour l'ombre. Ma vision de la cohérence est donc de continuer à faire ce que je fais, en mieux si possible