Rigolo cette discussion
Avant mon père était dans le textile. Il avait près de 250 personnes ici en France, dans les années 90.
Contrairement à ce qu'on pourrait en penser, ça coûtait pas tellement plus cher de produire en France que de produire dans les pays émergent.
Les salaires n'étaient pas les même, mais c'était quand même *viable*.
En gros, les grosses boites ont délocalisé leur production (leur sous traitance plutôt) pour gagner jusqu'au dernier franc. A l'époque l'état tunisien subventionnait le transport vers l'Europe pour faire du dumping, les coût de main d'oeuvre étaient moins élevés et la qualité aussi. Le Maroc était aussi en bonne position.
Mon père faisait les séries un peu plus petites, le réassort (des 30/40.000 pièces tout de même).
...puis, faute de commandes conséquentes (les petites séries de 4/5.000 n'étaient pas viables) il a du se résoudre à partir au Maroc (il a du revendre une partie de ses unités, son matos, faire des plans sociaux ou des départs à la retraite etc).
Au Maroc, le même scénario c'est reproduit (mais il avait terminé sa carrière). Le Maroc devenait trop cher, tout partait en Chine etc.
Le même scénario, mais en 2x plus rapide.
J'ai vécu de l'intérieur une *financiarisation* de la production :
- Les paiements des clients se sont espacés de 15/30 à 90 jours (en gros le fournisseur servait de banquier à pas cher)
- Les matières premières sont devenues de plus en plus périssables (la qualité du tissus n'a fait que chuter... à un point ahurissant, et des "grandes" marques en plus)
- la marchandise était retourné pour des motifs fallacieux histoire de jouer avec les délais, les paiements...
- Les marques déposaient le bilan, laissaient une ardoise une fois la marchandise livrée puis se recréaient à l'étranger etc.
...en gros ça a été géré par des financiers purs et durs. Des requins. Pour gagner 1€ sur un article, ils ont tout délocalisé.
A l'époque, je me souviens qu'une contre-dame expérimentée gagnait l'équivalent de 2.500€ net. Les salaires étaient tout à fait décents.
La relocalisation d'une telle industrie est d'un point de vue comptable *viable*... sauf si il y a 15 intermédiaires avec des marges indécentes.
C'est l'argent *pour* l'argent le gros problème.