chakiroul a écrit : 28 janv. 2018, 01:22
Il y a 2 choses. Tout d'abord la conclusion que je tire sur le constat du rapport d'Oxfam. C'est que la tendance actuelle et non passée, est que la croissance ne profite plus, ni aux pauvres, ni même aux classes moyennes. L'argumentaire politicien sur la croissance devient donc parfaitement caduque (à penser avant de voter Macaron).
c'est pour ça que je pense que c'est un signe du fait que la "croissance" devient de plus en plus virtuelle et immatérielle (rajouter un zéro sur un compte en banque qui ne sera jamais transformé en consommation matérielle, ça augmente le PIB sans rien changer à la vie de personne), ce qui est compréhensible si les capacités de croissance matérielle s'amenuisent.
Enfin pour la Chine, c'est surtout l'émergence d'une classe moyenne qui mange de la viande, beaucoup de viande, qui roule en voiture individuelle, qui voyage et qui consomme des smartphones, qui a causé le gros de l'augmentation de la consommation énergétique, plutôt que l'arrivée de l'électricité dans les zones rurales qui continuent de manger frugalement en roulant à vélo.
euh... dans quoi crois tu qu'on brûle du charbon en Chine ?
Diego Mantilla a écrit :
Pour rappel, un niveau égal de consommation pour tout le monde dans le monde entier, ramené au niveau de Cuba d’aujourd’hui, offre la possibilité de réduire sensiblement l’impact humain sur la biosphère, tout en conservant un niveau de vie pour tous plutôt décent.
bah oui c'est exactement le problème ! quelle proportion de la population occidentale à ton avis est prête joyeusement à rejoindre le niveau de vie de Cuba sans rien dire ? les politiciens ne font que refléter l'avis de leurs électeurs, la plupart du temps !!
C'est d'ailleurs une fausse solution au problème, car Cuba consomme aussi des fossiles, qui ne sont toujours pas renouvelables; si on ne s'arrête pas de les exploiter, on finira de toutes façons par les épuiser et par tout transformer en CO2 dans l'atmosphère. Les problèmes seront les mêmes à la fin, c'est juste une question de temps pour y arriver qui diffère.
Je rappelle d'ailleurs à chacun qu'il a une manière très simple et accessible à chacun de faire de la charité à la mode Bill Gates : vous calculez la différence entre votre salaire et le salaire des cubains, et vous envoyez la différence dans un des villages des pays les plus pauvres du monde (Haiti, le Tchad, la Somalie ...); Vous aurez fait votre part, comme le colibri de la forêt !
pour le moment, je n'ai jamais rencontré personne qui fasse ça, meme parmi ceux qui réclament la réduction des inégalités. Quelque chose me fait pressentir que ni M. Mantilla, ni M. Simonetta ne vont jusqu'a appliquer à eux mêmes cette règle pourtant fort simple ...
GillesH38 a écrit : 27 janv. 2018, 10:00
On voit bien d'ailleurs la tension qu'il y a de se plaindre A LA FOIS de la surconsommation, et que la richesse créée aille surtout chez les riches. La première attitude semble impliquer que c'est mal de gagner plus d'argent, et la deuxième que c'est bien de gagner plus d'argent (sinon on ne se plaindrait pas que l'argent aille vers les riches, en les enviant : on ne les envie pas qu'ils aient aussi plus de diabète et de maladies cardio vasculaire !).
La contradiction que tu vois n'existe que parce qu'il y a un présupposé implicite qui n'a rien d'universel : déplorer que l'argent aille vers les riches impliquerait qu'on pense que c'est bien que tout le monde gagne plus d'argent ?? Il est facile de raffiner la chose.
On peut déplorer que la plus grosse totalité de l'augmentation de richesse n'aille pas dans les poches des plus démunis tout en ne bénéficiant pas soi-même du transfert... Oui, en France, il est hautement souhaitable que les agriculteurs qui gagnent 400 € par mois doublent leur revenu, et que les richesses soient investies dans la rénovation thermique des bâtiments plutôt que dans les yachts, quitte à diminuer le revenu du quotidien : mieux vaut de l'isolation par l'extérieur avec des gens qui mangent des lentilles à l'intérieur, plutôt que des bouffeurs de viande dans des passoires thermiques.
chacun peut se faire son idée de ce qui est le mieux : mais dans la vraie vie, tu ne contrôleras jamais la volonté des gens et tu auras toujours affaire à un monde qui est le résultat d'un affrontement de désirs variés et contradictoires, et ce sont les capacités matérielles de production qui se chargent de réguler l'ensemble. On peut se faire plaisir en disant "il faudrait vivre comme ça", mais en réalité, personne n'a
décidé de comment le monde devait vivre, comment les richesses devaient etre distribuées, pas plus maintenant que jamais dans l'histoire de l'humanité. Le résultat actuel est juste le résultat d'un équilibre dynamique entre un désir de croissance individuel et les limites imposées par le monde, ce qui est toujours le cas des systèmes dissipatifs, la structure dissipative se forme comme un équilibre entre sa tendance à croitre (si cette tendance n'existait pas, la structure ne se forme pas ) , et les limites matérielles de l'énergie qui la maintient. Ca ne concerne pas que l'humanité, ca concerne aussi toute la biosphère, les cyclones, etc ....
. Il se trouve que l'apparition des techniques thermo industrielles a considérablement augmenté la limite atteignable de la consommation, tout comme l'eau chaude augmente le potentiel de formation des cyclones. Ceci a conduit à la "croissance" , qui est fondamentalement une instabilité connectant deux états stationnaires, qui est tout à fait analogue à la croissance d'un cyclone. Ensuite on a la phase de stabilisation où le système fournit l'énergie maximale qu'il peut fournir, puis finalement, la phase d'épuisement où la structure meurt par manque d'énergie.
Quand tu dis que "l'agriculteur devrait doubler son revenu", tu exprimes ce désir de croissance individuel - et encore une fois si il n'y avait pas ce désir de croissance, rien n'existerait. Le problème est que le monde impose des contraintes (par exemple le fait qu'il produise des produits de faible valeur ajoutée avec une concurrence facile des pays plus pauvres ayant une main d'oeuvre meilleur marché) qui limite sa possibilité de croissance. La seule façon qu'il aura d'essayer d'augmenter son gain est de gagner en productivité ... et donc de faire de la croissance globale; tu ne peux pas échapper à ça !