Il se trouve que je travaille, en ce moment, dans le monde semencier (soja, luzerne, tournesol et maïs en particulier). Par honnêteté, je dois, apporter quelques rectificatifs à la citation de Jean Pierre Berland. Il est sans conteste un bon chercheur mais il n'est pas paysan et ça se voit.
Vous semez environ 15 kilogramme à l’hectare. Un quintal de semences « hybrides » de maïs coûte plus de 1.000 euros, alors que le quintal de maïs grain tourne autour de 9 euros.
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Les quantités semées par hectares sont très variables. Le chiffre de 15 Kg est donc totalement arbitraire. En particulier si on choisit le maïs qui se sème assez dense et a un poids de mille grain (PMG) assez élevé.
En semences, le rendement du maïs (très aléatoire) varie de 20 à 40 qx voire plus. Or, je peux vous assurer que le producteur de maïs ne touche pas 20 000 à 40 000 euros même si on prend en compte la production de semences de prébase qui servent à être croisées pour obtenir la semence de consommation.
Je ne crois pas qu’il y ait de désaccord sur ces chiffres.
Et je n'y travaille que depuis deux mois...
A titre de comparaison, un blé ou une orge (variété stabilisée pure) comporte 4 étapes de cultures avant d'être commercialisées. Et cela n'augmente pas son prix, au contraire. EX :
Année G1 : Je sème 150 KG de blé d'une variété X sur 1 ha. En comptant un rendement pas terrible (année sèche, sans irrigation), j'obtiens 50 qx de semences.
Année G2 : Je sème mes 50 qx sur 33 ha. Chaque hectare produit 50 qx. Donc production totale = 1650 qx.
Année G3 : Je sème mes 1650 qx sur 1 100 ha, toujours avec un rendement de 50 qx/ ha. Je produis donc 55 000 qx.
Année G4 : dernière étape, je sème mes 55 000 qx de blé sur 36 666 ha et avec mon rendement de 50 qx/ ha, j'obtiens 1 833 300 qx de semences permettant d'emblaver 1 222 200 ha. En considérant que la conservation n'est pas toujours optimale pour tous les lots et que certaines parcelles peuvent rencontrer des incidents de culture, même en enlevant 10 ou 20 %, on arriverai à emblaver 1 million d'hectares.
C'est ,entre autres, pour cette raison que les semenciers ne tiennent pas spécialement à avoir des centaines de variétés à leur catalogue.
Bon je me suis un peu égaré mais ces considérations ne remettent en aucun vas en cause le raisonnement de JP Berlan. En ressemant sa semence, on fait toujours l'économie de la marge de celui qui vous l'aurait vendue tout en fermant les vannes à dollars de Monsanto, Limagrain et autres protecteurs de l'humanité.
Par contre :
Ce type d’agriculture (bio-intensive) peut générer de deux à six fois plus de productivité, par unité de terre, que l’agriculture commerciale
Cette petite phrase mériterait un complément car toute seule elle est mensongère. En maraîchage vivrier, effectivement on peut avoir un meilleur rendement (à quel prix d'ailleurs ?).
Mais pour des céréales, si l'on veut produire plus d'énergie alimentaire qu'on n'en dépense pour la produire, il est impossible de multiplier par 6 le rendement d'un blé par exemple. Quand on regarde l'agriculture conventionnelle, elle a réussi à éliminer les facteurs limitants dans les cultures pour exprimer le maximum du potentiel génétique des variétés. Les variétés ont elle même été améliorées grâce au soutien des produits phyto. Par exemple, une plante moins résistante à un parasite (mais traitée) pourra consacrer plus d'énergie à remplir son épi que celle qui doit résister à ce parasite. Un blé sur lequel on met un raccourciseur et génétiquement moins haut dépense moins d'énergie pour monter et plus pour fleurir et remplir son grain.
Quant à la surface cultivée, elle est intégralement couverte. On ne peut donc pas augmenter la densité à l'hectare. Donc où son les marges de progrès ? Dans le nombre de récoltes annuelles ? Le climat ne le permet pas. Avec des buttes ? On augmente alors la surface mais pas forcément le rendement (et encore moins la productivité).
Ces gains de rendement peuvent être obtenu de façon expérimentale et sans objectif pragmatique. Mais il est illusoire de croire que l'agriculture bio intensive est la solution en remplacement de la conventionnelle en l'état actuel des choses. Sauf si tout le monde auto produit son alimentation et passe son temps à ça. Je suis un fervent défenseur de l'agriculture biologique mais il faut être réaliste, dans notre système, et de façon globale, les rendements sont moins bon. Ca c'est la réalité.