epe a écrit :Mais la réussite ou l'échec d'autres civilisations ne dépend aucunement de leurs qualités en matière d'équité, de justice ou de morale selon nos critères.
C'est vrai, aussi bien pour le communisme que pour l'islam politique. Ces deux idéologies semblent échouer sur le plan économique dans à peu près tous les cas, l'islam politique beaucoup plus rapidement que le communisme. L'islam iranien semble évoluer vers un nationalisme socialement conservateur avec lequel l'Occident peut cohabiter : la révolution islamique a été un échec en Iran. En Egypte et en Tunisie, il est surprenant de voir avec quelle vitesse les islamistes ont été marginalisés par leur échec économique.
Finalement, le seul régime qui se maintient alors qu'il n'arrive même pas à nourrir sa population, c'est celui de la Corée du Nord. Mais il compense son échec économique par un succès indéniable sur le plan militaro-technologique : la Corée du Nord a une armée puissante et la bombe atomique. Les Coréens, du sud comme du nord, sont le peuple dont le QI moyen est le plus élevé au monde, et ça se voit au niveau technologique.
La Corée du Nord a une armée puissante et une population sous-alimentée : nous avons connu ça en France, sous Louis XIV, dont le règne a été traversé par de terribles famines.
epe a écrit :L'empire romain a été vaincu par ceux qu'ils appelaient les barbares.
Barbares auquel l'Empire faisait appel pour compenser sa démographie négative : la plupart des barbares se sont installés pacifiquement dans l'Empire, pour cultiver la terre ou servir dans ses armées. D'après certains historiens l'Empire s'est effondré lorsqu'il n'a plus été capable de conquérir de nouveaux territoires : il était bloqué au sud par le Sahara, à l'ouest par l'Atlantique, au nord par des pays barbares impossibles à conquérir (et, de toute façon, ayant à l'époque peu de richesses à exploiter), et à l'est par l'empire perse. On peut trouver une similitude avec notre propre civilisation, qui a besoin de croissance économique pour se maintenir. Et comme la croissance économique est basée sur l'énergie bon marché, nous sommes sur le déclin, car l'énergie bon marché c'est fini.
L'empire romain a mis plusieurs siècles pour s'effondrer. Notre civilisation prendra plusieurs décennies, et à mon avis c'est déjà commencé. Mais surtout, c'est irréversible, à moins :
1) d'inventer un système économique assurant la paix civile et une certaine prospérité sans croissance.
2) de réussir la transition sans trop de douleurs. C'est là que le bât blesse. Comme l'a dit Michel Rocard, la décroissance, c'est la guerre civile.
Si on en revient à l'empire romain, avec la sagesse que donne la distance, comment aurait-il pu s'en sortir ?
À mon avis, en se fragmentant en unités plus faciles à gérer, et auto-suffisantes sur le plan agricole et politique. Cela veut dire un empereur dont l'autorité serait surtout morale, comme celle du Pape. La fin de l'armée impériale, remplacée par des armées provinciales. La fin de la monnaie commune, des économies différentes ayant besoin de monnaies différentes (il aurait été sans doute possible de maintenir la convertibilité, les métaux précieux servant d'étalon). Le maintien de l'unité culturelle aurait été possible avec le maintien des échanges (grâce aux voies romaines et à une langue commune pour le commerce) et sans doute par une littérature commune : grands auteurs, langue liturgique commune, etc.
L'élite romaine n'aurait jamais renoncé à son pouvoir et à ses richesses, qui provenaient de l'exploitation des provinces. Il aurait donc fallu neutraliser et marginaliser Rome pour sauver la civilisation romaine, ce qui est paradoxal.
Ce sont les Grandes Invasions qui, en plus de détruire l'empire romain, ont paradoxalement contribué à latiniser les campagnes : les paysans gaulois avaient gardé leurs langues celtiques (très morcelées en dialectes) sous la domination romaine. Lorsque des barbares parlant des langues diverses se sont installés partout, et que des millions de paysans celtophones sont allés se réfugier dans les villes latinisées, tout le monde s'est mis à parler la langue commune : le latin, qui était la langue des commerçants (et donc un peu parlée par beaucoup de paysans lorsqu'ils allaient au marché) et des prédicateurs chrétiens (qui encourageaient les nombreux convertis à parler latin, la langue de l'église).
Si notre civilisation veut survivre, nous avons intérêt à rendre les régions auto-suffisantes sur le plan énergétique, et si possible sur le plan agricole. Ça paraît difficile.