Je pense que je ne suis pas le seul à avoir intégré dans ma tête le caractère inéluctable et catastrophique de l'après-pic pétrolier... et à me comporter tous les jours (presque) comme si le pic n'existait pas...
Je m'explique : nous sommes, depuis au moins un an, dans l'après pic pétrolier. Le monde ne produira jamais plus autant de pétrole qu'en 2008, à n'importe quel prix. Le solaire, le nucléaire, etc, sauveront peut-être la civilisation, mais pas la prospérité. Le pic pétrolier est aussi un pic énergétique.
Pour faire court : la courbe démographique de la planète a toujours été parallèle à celle de la production d'énergie. D'où la multiplication par sept de la population humaine en deux siècles...
La production globale d'énergie stagne, et elle va diminuer (si ce n'est pas encore commencé). Selon certains spécialistes (oui je sais, ce n'est pas une garantie...) la population mondiale va encore augmenter pendant une vingtaine d'années, par effet d'inertie, avant de commencer à décroître pour de bon, et cette décroissance va être DOULOUREUSE...
Par exemple : la Seconde Guerre Mondiale a tué 2% de la population mondiale (mais des continents entiers, comme l'Amérique du Sud, ont été épargnés). Le pays le plus touché a peut-être été la Pologne, qui a perdu le 6e de sa population. Les pertes démographiques ont été compensées en quelques années au niveau mondial. Conclusion : l'humanité se porterait fort bien avec une guerre mondiale tous les dix ans
L'après-pic sera, au mieux, l'équivalent d'une guerre mondiale PAR AN : si la quantité d'énergie produite au niveau mondial baisse, disons, de 3% par an, la population globale devra diminuer au minimum de 2%, en tenant compte du fait que les survivants consommeront moins d'énergie... Ils vivront comme au 19e siècle. Relire Dickens et Zola pour les détails...
Que faire ? En bon schizophrène, je laisse mes enfants faire des études supérieures (sait-on jamais, je pourrais me tromper...) et je fais des projets pour ma retraite prochaine. En tenant compte quand même des effets du pic : je compte déménager pour aller vivre dans une petite ville de province quand mes enfants auront fini leurs études, parce que je vois bien que mon quartier passera assez vite de "craignos" à "invivable" parallèlement à la contraction permanente de l'économie, au délabrement des services sociaux, etc.
Comme la Russie sous Eltsine ou l'Argentine depuis 2001.
Bref, je me sens (un peu) schizophrène : dans ma vie quotidienne je fais comme si le pic n'était qu'une hypothèse... alors que je vois bien qu'il a déjà commencé. Je rigole quand j'entends des économistes parler de "la sortie de la crise". Ces gens-là savent aussi bien que nous que la reprise sera étranglée par le prix de l'énergie, mais il ne faut pas affoler le bon peuple...
Je me défoule un peu en écrivant de la science-fiction "post peak" que je publie sur mon site, mais finalement même ces histoires sont optimistes : il existe toujours une technologie salvatrice, mais elle est en des mains non-humaines...
Et je ne regrette pas d'avoir fait des enfants, bien au contraire : une seule chose est sure pour l'avenir, c'est que les gens qui ne font pas d'enfants n'auront pas de descendants. S'il reste dix millions d'êtres humains dans un siècle, j'aimerais bien que quelques-uns d'entre eux portent mes gènes...
Dans le même ordre d'idée, le SIDA n'empêche pas la population de l'Afrique d'augmenter rapidement : les individus naturellement résistants survivent et se multiplient.
Il y a quelques années j'ai vu le film "
La Chute" au cinéma. Il y a énormément de suicides dans ce film, environ une vingtaine. Mais finalement, les Allemands qui se sont suicidés au moment de la chute de Berlin en 1945 ont eu tort : le monde appartient aux vivants. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.
Tout ça pour dire que le monde est comme Berlin juste avant l'assaut des Russes. Allez, profitons de la vie pendant qu'elle dure, nous ne sommes pas des singes supérieurs pour rien, non ?
A ceux qui disent qu'il faudrait accélérer le déraillement du système économique mondial, je dirai simplement ceci : des peuples entiers disparaîtront. Pour commencer, ceux qui ont des terres mais pas les moyens de les défendre. Comme les tribus encore isolées des grandes forêts d'Amazonie et d'Afrique. Le processus a d'ailleurs commencé, pacifiquement il est vrai, depuis environ un an : la Chine, l'Arabie Saoudite, etc, achètent des terres agricoles en Afrique et ailleurs et en exportent la production à leur profit. Même dans des pays devenus déficitaires sur le plan agricole, comme le Mali. Je ne vois pas l'intérêt d'accélérer ce déraillement.