Et ben : on est reppassés sous les 100 à 97 pour le wti. Et ce malgré une croissance qui repart, malgré toujours plus de bagnoles dans le monde etc etc.
Ne pas oublier, tout de même, que la consommation des pays de l'OCDE est en baisse depuis 2005 environ.
Au niveau mondial, bien sûr, si l'on fait la "somme" des deux courbes, la croissance de la demande reste très faible, voire quasi nulle. Pour autant, compte tenu de la contrainte physique de l'offre, les prix du pétrole ont drastiquement augmenté au cours de la dernière décennie.
A terme, bien évidemment, un prix aussi élevé a des conséquences au niveau de nos économies très dépendantes du pétrole abondant et bon marché.
Les conséquences logiques pour les pays de l'OCDE, très dépendants d'un pétrole bon marché, c'est la baisse de la consommation d'énergie, ce qu'on appelle plus communément la "récession" mais qui n'est rien d'autre que la contrainte énergétique appliquée à l'ensemble de nos sociétés.
Plus le pétrole est cher:
- plus les profits et le coût marginal des produits est élevé pour les entreprises (qui doivent assurer un surcoût dans la production, la distribution...) et les bénéfices tendent à s'amoindrir par une baisse de la consommation des ménages liée.
-> Elles ont donc plusieurs solutions : - Soit délocaliser leur production vers un pays où les coûts sont moins élevés (et qui fonctionne grâce à une énergie moins onéreuse - Chine - charbon par exemple)
- Soit diminuer leur coût de fonctionnement (en éliminant des salariés, en recrutant des stagiaires mal payés et en accumulant les pressions productives sur le reste des employés).
- Soit mettre la clé sous la porte (ce qui est une option assez fréquente par les temps qui courent).
- plus les revenus des ménages tendent à stagner voir, se réduisent (du fait de la première assertion et du prix des biens et de services courants qui tendent à augmenter ).
On revient souvent sur le fait que le prix du carburant n'a fait que baisser pour les ménages (pour un nombre donné de km) mais c'est oublier que ces ménages ont connu une mobilité résidentielle pendant les 30 dernières années qui a fait croître le nombre de kilomètres domicile-travail parcourus. Aussi même si les ménages dépensaient plus pour leurs trajets quotidiens en km constants il y a 40 ans, ils effectuaient également moins de km/moyenne par jour. De 1975 à 1990, en Ile de France, les ménages ont parcouru 3 km de plus en moyenne par jour en Grande Couronne. En France, les déplacements domicile travail ont augmenté de 6,3 % entre 1982 et 2008. (Source: Insee).
Il est aisé de conclure que si la distance moyenne parcourue par les ménages depuis les années 1980 a cru, c'est en partie sur la base d'un prix du pétrole peu cher ($ 20 environ). Aussi, la baisse actuelle de la consommation de carburant des ménages (depuis 2008 environ) n'est pas sans rappeler cet état de fait qui veut que les ménages habitent plus loin de leur lieu de domicile, certains préférant diminuer les trajets ou organiser différemment leurs km parcourus par jour pour s'adapter à l'augmentation des prix du carburant.
Le troisième effet d'une augmentation des prix du pétrole et des politiques économiques "croissantistes" ou "productivistes" si vous préférez, c'est l'accroissement des dettes d'Etat, qui, sous la volonté de retrouver la croissance perdue, ont largement "sur-dépensé" en amont repoussant l'échéance de remboursement au titre de la croissance retrouvée. Comme celle-ci n'est plus possible, pour des raisons géophysiques, la déficits se sont accentués et la dette a cru de plus belle. Aussi, afin de répondre au problème de cette "dette", les Etats ont deux solutions :
--> réduire les dépenses générales de l'Etat (Assurance Maladie, Allocations familiales, Allocations Chômage, Retraites...) et augmenter parallèlement les prélèvements divers et variés (TVA, Taxes diverses et variées...).
--> Se la jouer "Monopoly", en imprimant un tas de billets factices pour rembourser ses créances. (Option FED/USA, appelée également option "fuite en avant") et faire semblant qu'on pourra toujours dépenser plus sans qu'aucune conséquence désastreuse ne vienne se poser sur le chemin.
Ces deux solutions sont évidemment hasardeuses et n'éviteront, bien évidemment, pas l'échéance finale d'un probable défaut sur la dette ou du moins une désaffection des marchés pour "acheter la dette d'Etat". Ce qui au final, reviendrait à un défaut généralisé. L'une des conséquence (la première) de ce genre de réactions des Etats c'est d'actionner la pression sur les salaires et donc d'accroître la baisse de la consommation générale des ménages, dont l'énergie est évidemment le coeur, le liant.
Tout ceci pour signifier que :
- Non, la "crise" n'est pas finie parce que le prix du pétrole se met à baisser.
- La baisse du prix du pétrole est liée à la baisse de la demande dans les pays de l'OCDE, baisse elle-même engendrée par un prix du pétrole élevé (Encore que cette baisse n'est à mon sens pas véritablement à l'ordre du jour encore aujourd'hui).
-Une baisse drastique des prix du pétrole aurait des conséquences désastreuses pour l'approvisionnement pétrolier et notamment pour le pétrole non-conventionnel qui nécessite des prix relativement élevés du pétrole pour asseoir une certaine rentabilité. (La conséquence d'une telle baisse des prix serait une baisse des investissements dans les pétroles non conventionnels et donc une baisse de l'approvisionnement général de produits pétroliers).
Reste à savoir comment interviendra cette baisse des prix du pétrole :
- De manière lente, type "récession larvée" avec une baisse constante de la consommation des pays de l'OCDE (mais en parallèle les pays d'Asie veillent pour augmenter la machine pétrole, d'où problème... (Je rappelle qu'ils sont moins dépendants que nous de l'or noir et ont donc des capacités d'accroissement "virtuels" plus élevés que nous même si la contrainte physique va les rappeler à l'ordre...).
- De manière brutale, soudaine engendrée par un éclatement de la "bulle des dettes" des pays occidentaux, engendrant la pire crise financière de toute l'histoire de l'humanité et par la même, une baisse incroyable de la quantité de pétrole consommée dans le monde, relâchant du fait même la soupape sur la contrainte physique et nos difficultés à faire face aux rendements décroissants de toutes parts.
J'ai quand même une préférence pour la seconde option, c'est plus funky, même si un peu cataclysmique sur les bords !
D'un autre côté, je répondrais que nous n'aurions pas dû nous croire les maîtres de l'Univers avec notre satané pétrole, cela nous apprendra !
Mais déjà une autre histoire commence...
