Énergie : la Tanzanie inaugure sa plus grande centrale hydroélectrique et dégage un excédent de capacité
Olivier de Souza, Agence Ecofin Publié le 24 août 2026
La Tanzanie veut faire de l’électricité un levier d’industrialisation, d’investissement et d’intégration régionale. Après des années marquées par des déficits, le pays doit désormais adapter ses infrastructures à une offre en forte progression.
La Tanzanie a inauguré, le 22 août dernier, le Julius Nyerere Hydropower Project (JNHPP), une centrale hydroélectrique de 2 115 MW construite sur le fleuve Rufiji. L’ouvrage, considéré comme le plus grand de ce type dans le pays, porte la capacité installée nationale à 4 646 MW, pour une demande de pointe de 2 271 MW. Selon le ministre de l’Énergie, Deogratius Ndejembi, cette configuration laisse un excédent de 2 375 MW, notamment susceptible d’être exporté.
Cette évolution marque un changement important. Le pays cherchait récemment encore à résorber des déficits de production qui entraînaient des délestages affectant les ménages et l’activité économique. La nouvelle centrale doit désormais fournir aux entreprises une alimentation plus prévisible et créer davantage de marge pour l’industrie, les mines, l’agriculture commerciale et les investissements.
Le JNHPP renforce en même temps la place déjà dominante de l’hydroélectricité dans le mix énergétique national. En 2025, cette filière représentait 63,85% de l’électricité produite sur le réseau tanzanien, contre 31,48% pour le gaz naturel. La hausse de la production hydraulique a parallèlement réduit les besoins du secteur électrique en gaz, contribuant au recul de la production gazière cette année-là.
Un excédent à transformer en débouchés
L’enjeu se déplace désormais de la production vers la valorisation de cette capacité supplémentaire. Le gouvernement tanzanien discute déjà d’éventuelles exportations avec plusieurs pays voisins, dont le Kenya et la Zambie. Pour Dar es Salaam, le JNHPP peut ainsi devenir un nouvel actif dans les échanges électriques régionaux, à condition que les infrastructures permettent d’acheminer les volumes disponibles vers les marchés concernés.
Cette contrainte est loin d’être secondaire. L’augmentation de la puissance installée ne garantit pas que toute l’électricité produite puisse atteindre les consommateurs. En 2025, 14,48 % de l’électricité générée était perdue, notamment en raison du vieillissement des réseaux de transport et de distribution, de l’étendue des infrastructures et de la surcharge de certains transformateurs.
Le raccordement constitue un autre point de vigilance. À fin 2025, 85,5% de la population avait accès aux services électriques, mais seulement 52,1% était effectivement connectée au réseau de distribution. L’extension des infrastructures sera donc déterminante pour transformer les mégawatts supplémentaires en consommation réelle, notamment dans les zones où l’activité productive peut encore progresser.
Cette question rejoint directement les ambitions économiques de la Tanzanie. Le pays vise, dans le cadre de sa Vision 2050, une disponibilité électrique de 3 000 kWh par habitant, contre environ 170 kWh actuellement. La production nationale avait déjà progressé de 16,1 % en 2025, tandis que l’activité liée à la fourniture d’électricité et de gaz augmentait de 11,8 %.
Un barrage conçu pour plusieurs usages
Le JNHPP ne se limite pas à la production d’électricité. Son réservoir, d’une capacité d’environ 34 milliards de m³, doit également contribuer à la régulation des crues et soutenir l’irrigation, l’agriculture et la pêche dans le bassin du Rufiji.
Le complexe comprend neuf turbines de 235 MW et une infrastructure de raccordement de 400 kV. Sa production annuelle est estimée à environ 5 920 GWh.
Le projet commence déjà à modifier l’économie électrique de la région de la Côte. L’offre d’électricité y est passée de 118 MW en 2022 à 356 MW en juillet 2026, tandis que plus de 1 600 installations industrielles y sont recensées. L’amélioration de l’approvisionnement doit ainsi accompagner l’expansion des activités manufacturières et d’autres secteurs productifs.
Cette transformation s’est toutefois faite au prix d’une controverse environnementale persistante. Des organisations de conservation ont contesté la construction du barrage, estimant qu’elle pouvait affecter les habitats et la faune en aval. Le Rufiji traverse en effet la réserve de Selous, l’une des plus vastes zones protégées d’Afrique, qui abrite notamment des populations importantes d’éléphants, de rhinocéros noirs et de guépards.
Construit entre juin 2019 et mars 2025 par le consortium égyptien Arab Contractors et Elsewedy Electric, le JNHPP a été entièrement financé par le gouvernement tanzanien pour 2,84 milliards USD (environ 2,433 milliards d’euros).