par energy_isere » 08 déc. 2024, 10:25
Ce que révèle l’échec de l’appel d’offres éolien en mer au Danemark
Pays des premières éoliennes en mer, le Danemark n’a reçu aucune candidature pour son dernier appel d’offres. Si les conditions fixées dans le cahier des charges l’expliquent en partie, ce résultat est révélateur d’autres tensions sur le marché.
Loïc FABRÈGUES. le 07/12/2024 Le marin
Le plus important appel d’offres jamais lancé par le Danemark pour l’éolien en mer est, pour l’heure, un échec. Aucun candidat n’a déposé de dossier à la date limite du 5 décembre pour les trois premières zones mises en procédure pour une capacité de 3 GW. Ils ont jusqu’au 1er avril pour se porter candidat pour trois autres secteurs pour une puissance identique. Décevant mais pas surprenant , commente WindEurope. Pour le porte-parole de la filière éolienne en Europe, la procédure portait en elle les raisons de ce raté.
Des coûts supplémentaires
Le point de départ est le choix du Danemark d’introduire des enchères négatives non plafonnées. Alors que le pays n’accorde déjà aucun soutien au rachat de l’électricité produite en mer, comme il peut y avoir en France, au Royaume-Uni ou encore en Pologne, au travers du complément de rémunération ou du contrat pour la différence (CFD), il a décidé de départager les candidats en fonction des sommes qu’ils mettraient sur la table pour se voir attribuer les zones. Des conditions qui créent une course malsaine vers le bas et augmentent inutilement les coûts initiaux pour les développeurs , pointe WindEurope.
L’Allemagne a bien un système identique qui ne l’a pas empêchée d’avoir des lauréats pour ses appels d’offres et d’engranger au passage plus de 15 milliards d’euros mais les deux marchés n’offrent pas les mêmes garanties. Outre-Rhin, le raccordement des parcs éoliens en mer est pris en charge par les gestionnaires du réseau de transport d’électricité. Ce n’est pas le cas au Danemark où les développeurs doivent plutôt assumer ces coûts supplémentaires , indique WindEurope. L’électricité produite au Danemark est, par ailleurs déjà largement décarbonée. Les contrats de gré à gré que pourraient signer les exploitants des parcs avec des entreprises désireuses de se fournir en électricité verte (corporate power purchase agreement) s’y négocieront donc à des conditions tarifaires incertaines.
Une réponse de l’industrie
Que le processus d’appel d’offres danois n’ait pas abouti est une réponse plutôt saine de l’industrie. Elle met les gouvernements et les politiques devant la réalité en leur disant que cela pèse trop lourd , explique Pierre Warlop. Et le directeur général du cabinet Natural power France de noter que le gouvernement demandait aussi pour cet appel d’offres de prendre 20 % de participation dans les projets. Cela implique de travailler de manière différente dans les retombées pour les actionnaires. Une étude a évalué que le taux de retour sur investissement pour ces projets danois serait compris entre 3 et 6 %, ce qui est extrêmement faible. La moyenne est plutôt entre 6 et 8 %.
De là à ce que la situation au Danemark traduise des difficultés plus profondes sur le marché de l’éolien offshore, il y a encore plus d’un pas à franchir. Ce n’est pas la première fois qu’un appel d’offres n’attire aucune candidature. En septembre 2023, le Round 5 britannique s’était retrouvé dans la même situation à cause d’un prix plafond trop bas pour les CFD. Ce tarif revu à la hausse pour le Round 6, un an plus tard, sept projets pour 5,3 GW ont été sélectionnés. Il n’empêche que les conditions économiques avec le renchérissement des coûts des matières premières, notamment l’acier, et des taux d’intérêt élevés pèsent sur le développement de l’éolien en mer.
Finir le travail déjà dans les portefeuilles
Comme les fournisseurs, notamment d’éoliennes, ont repris la main sur les développeurs afin de restaurer leurs marges, ces derniers sont donc aujourd’hui moins enclins à faire des offres. D’autant qu’ils ont un gros portefeuille de projets à amener à terme , explique Pierre Warlop qui l’évalue à 80 GW en Europe. Une situation que confirme Jérôme Ribuot, consultant pour le marché. Le problème principal pour les développeurs est aujourd’hui de réaliser les projets qu’ils ont à cause notamment de certains goulets d’étranglements dans la chaîne d’approvisionnement comme pour les fondations ou les éoliennes. Il n’y a pas, non plus, pléthore de navires pour construire les parcs. Le management de ces entreprises dit à leurs équipes de se calmer sur les appels d’offres et de faire d’abord le travail qu’ils ont dans leurs portefeuilles.
Un dernier élément qui commence à perturber aussi le marché est celui de l’électrification des usages. Le remplacement des énergies fossiles n’est pas aussi rapide qu’anticipé. La demande d’électricité du Danemark provenant des secteurs de la mobilité, du chauffage, des producteurs d’hydrogène et de l’industrie n’a pas la croissance escomptée , relève WindEurope.
https://lemarin.ouest-france.fr/energie ... 419da1008e
[quote] [b][size=120]Ce que révèle l’échec de l’appel d’offres éolien en mer au Danemark[/size][/b]
Pays des premières éoliennes en mer, le Danemark n’a reçu aucune candidature pour son dernier appel d’offres. Si les conditions fixées dans le cahier des charges l’expliquent en partie, ce résultat est révélateur d’autres tensions sur le marché.
Loïc FABRÈGUES. le 07/12/2024 Le marin
Le plus important appel d’offres jamais lancé par le Danemark pour l’éolien en mer est, pour l’heure, un échec. Aucun candidat n’a déposé de dossier à la date limite du 5 décembre pour les trois premières zones mises en procédure pour une capacité de 3 GW. Ils ont jusqu’au 1er avril pour se porter candidat pour trois autres secteurs pour une puissance identique. Décevant mais pas surprenant , commente WindEurope. Pour le porte-parole de la filière éolienne en Europe, la procédure portait en elle les raisons de ce raté.
[b]Des coûts supplémentaires[/b]
Le point de départ est le choix du Danemark d’introduire des enchères négatives non plafonnées. Alors que le pays n’accorde déjà aucun soutien au rachat de l’électricité produite en mer, comme il peut y avoir en France, au Royaume-Uni ou encore en Pologne, au travers du complément de rémunération ou du contrat pour la différence (CFD), il a décidé de départager les candidats en fonction des sommes qu’ils mettraient sur la table pour se voir attribuer les zones. Des conditions qui créent une course malsaine vers le bas et augmentent inutilement les coûts initiaux pour les développeurs , pointe WindEurope.
L’Allemagne a bien un système identique qui ne l’a pas empêchée d’avoir des lauréats pour ses appels d’offres et d’engranger au passage plus de 15 milliards d’euros mais les deux marchés n’offrent pas les mêmes garanties. Outre-Rhin, le raccordement des parcs éoliens en mer est pris en charge par les gestionnaires du réseau de transport d’électricité. Ce n’est pas le cas au Danemark où les développeurs doivent plutôt assumer ces coûts supplémentaires , indique WindEurope. L’électricité produite au Danemark est, par ailleurs déjà largement décarbonée. Les contrats de gré à gré que pourraient signer les exploitants des parcs avec des entreprises désireuses de se fournir en électricité verte (corporate power purchase agreement) s’y négocieront donc à des conditions tarifaires incertaines.
[b]Une réponse de l’industrie[/b]
Que le processus d’appel d’offres danois n’ait pas abouti est une réponse plutôt saine de l’industrie. Elle met les gouvernements et les politiques devant la réalité en leur disant que cela pèse trop lourd , explique Pierre Warlop. Et le directeur général du cabinet Natural power France de noter que le gouvernement demandait aussi pour cet appel d’offres de prendre 20 % de participation dans les projets. Cela implique de travailler de manière différente dans les retombées pour les actionnaires. Une étude a évalué que le taux de retour sur investissement pour ces projets danois serait compris entre 3 et 6 %, ce qui est extrêmement faible. La moyenne est plutôt entre 6 et 8 %.
De là à ce que la situation au Danemark traduise des difficultés plus profondes sur le marché de l’éolien offshore, il y a encore plus d’un pas à franchir. Ce n’est pas la première fois qu’un appel d’offres n’attire aucune candidature. En septembre 2023, le Round 5 britannique s’était retrouvé dans la même situation à cause d’un prix plafond trop bas pour les CFD. Ce tarif revu à la hausse pour le Round 6, un an plus tard, sept projets pour 5,3 GW ont été sélectionnés. Il n’empêche que les conditions économiques avec le renchérissement des coûts des matières premières, notamment l’acier, et des taux d’intérêt élevés pèsent sur le développement de l’éolien en mer.
[b]Finir le travail déjà dans les portefeuilles[/b]
Comme les fournisseurs, notamment d’éoliennes, ont repris la main sur les développeurs afin de restaurer leurs marges, ces derniers sont donc aujourd’hui moins enclins à faire des offres. D’autant qu’ils ont un gros portefeuille de projets à amener à terme , explique Pierre Warlop qui l’évalue à 80 GW en Europe. Une situation que confirme Jérôme Ribuot, consultant pour le marché. Le problème principal pour les développeurs est aujourd’hui de réaliser les projets qu’ils ont à cause notamment de certains goulets d’étranglements dans la chaîne d’approvisionnement comme pour les fondations ou les éoliennes. Il n’y a pas, non plus, pléthore de navires pour construire les parcs. Le management de ces entreprises dit à leurs équipes de se calmer sur les appels d’offres et de faire d’abord le travail qu’ils ont dans leurs portefeuilles.
Un dernier élément qui commence à perturber aussi le marché est celui de l’électrification des usages. Le remplacement des énergies fossiles n’est pas aussi rapide qu’anticipé. La demande d’électricité du Danemark provenant des secteurs de la mobilité, du chauffage, des producteurs d’hydrogène et de l’industrie n’a pas la croissance escomptée , relève WindEurope.
[/quote]
https://lemarin.ouest-france.fr/energie/energies-marines/eolien-en-mer/ce-que-revele-lechec-de-lappel-doffres-eolien-en-mer-au-danemark-9cb25828-b499-11ef-92cc-87419da1008e