par energy_isere » 16 mai 2026, 14:55
Cuivre : le paradoxe d’un marché sous tension sans envolée des prix
Agence Ecofin 11 mai 2026
Portée par une hausse de 40 % depuis 2025, les prix du cuivre ont atteint un record historique à plus de 14 000 dollars la tonne en janvier. Depuis, le métal rouge se négocie en dessous de ce niveau, malgré des perturbations croissantes dans la production mondiale.
PT Freeport Indonesia cible une production de 700 millions de livres pour 2026, contre un objectif de 1 milliard de livres annoncé en début d’année. Communiqué la semaine dernière à la presse, ce changement de prévision, pour l’une des plus grandes mines de cuivre du monde, s’ajoute aux incertitudes sur une part significative de la production mondiale du métal rouge, menacée par la pénurie actuelle d’acide sulfurique. Des pressions sur l’offre qui ne se traduisent pas encore par une nouvelle flambée des prix du cuivre…
La réduction de l’objectif de production de Grasberg s’explique par des retards dans la montée en puissance du site, frappé en septembre 2025 par une coulée de boue meurtrière qui avait contraint à l'arrêt immédiat de l'extraction. La mine fonctionne depuis lors en deçà de ses capacités et la reprise totale attendue initialement fin 2027 est reportée à début 2028.
Ce nouveau retard s'inscrit dans un contexte d'offre déjà fragilisée par la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz au trafic de soufre. Les producteurs de cuivre qui utilisent cet intrant chimique pour extraire le métal des minerais oxydés représentent en effet environ 20 % de la production mondiale de cuivre. La RDC et la Zambie se voient ainsi priver d’une partie de leur approvisionnement en acide sulfurique de même que le Chili, leader mondial de la production de cuivre et dépendant des exportations chinoises, qui doit gérer les restrictions décidées par Pékin sur ses expéditions d’acide sulfurique.
Un marché essoufflé ?
Jusqu’ici, les perturbations annoncées au niveau de l’offre n'ont pourtant pas provoqué une nouvelle envolée des prix du cuivre. En janvier 2026, le métal rouge a brièvement franchi la barre des 14 000 dollars la tonne après avoir atteint pour la première fois le seuil de 12 000 dollars en décembre 2025. Ce sommet a été porté par les arrêts de production à Grasberg et à la mine congolaise Kamoa-Kakula d'Ivanhoe Mines, ainsi que par la ruée des opérateurs américains sur les stocks de cuivre raffiné avant d'éventuels droits de douane, et une forte composante spéculative.
Mais depuis fin février, début des premières frappes en Iran ayant entrainé la fermeture du détroit, les prix n'ont que peu évolué : le contrat pour livraison dans trois mois sur la bourse des métaux de Londres (LME), alors à 13 343 dollars la tonne, est passé à 13 573 dollars au 8 mai. Une évolution marginale, confortée par des fondamentaux du marché.
L'International Copper Study Group (ICSG) a certes revu à la baisse ses prévisions de croissance de la production minière mondiale pour 2026, de 2,3 % à 1,6 %. Mais l’organisation anticipe également un excédent d'environ 96 000 tonnes sur le marché mondial du cuivre raffiné cette année, là où elle prévoyait en octobre dernier un déficit de 150 000 tonnes. La guerre en Iran, qui affaiblit les perspectives économiques mondiales, a en effet conduit l'ICSG à réduire ses prévisions de croissance de la demande de 2,1 % à 1,6 %. La pression sur l'offre et la pression sur la demande se compensent ainsi mutuellement, limitant l’impact habituel des perturbations de la production sur les prix.
L'Afrique entre opportunité et vulnérabilité
Pour les producteurs africains, la situation actuelle du marché mondial du cuivre présente un caractère ambivalent. La Banque mondiale anticipe une hausse moyenne des prix du cuivre de 21 % en 2026 sur l'ensemble de l'année, un niveau annuel record, avant un repli d'environ 8 % en 2027 à mesure que les perturbations se résorbent. La RDC, premier producteur africain et la Zambie son dauphin, dont le cuivre représente environ 70 % des recettes d'exportation, se trouvent en première ligne pour capter les revenus supplémentaires liées à des prix élevés.
Mais la pénurie d'acide sulfurique illustre la limite de cet avantage. Les mines fonctionnant selon le procédé de lixiviation sont directement exposées aux ruptures d'approvisionnement. En cas de rupture, les revenus attendus de la hausse des prix ne feraient que compenser la baisse en volume de la production de cuivre. L’autre question est de savoir laquelle des deux pressions l'emportera : une offre durablement contrainte, ou une demande déprimée par un contexte géopolitique et économique dégradé.
https://www.agenceecofin.com/actualites ... e-des-prix
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Agence Ecofin 11 mai 2026
[b] Portée par une hausse de 40 % depuis 2025, les prix du cuivre ont atteint un record historique à plus de 14 000 dollars la tonne en janvier. Depuis, le métal rouge se négocie en dessous de ce niveau, malgré des perturbations croissantes dans la production mondiale.[/b]
PT Freeport Indonesia cible une production de 700 millions de livres pour 2026, contre un objectif de 1 milliard de livres annoncé en début d’année. Communiqué la semaine dernière à la presse, ce changement de prévision, pour l’une des plus grandes mines de cuivre du monde, s’ajoute aux incertitudes sur une part significative de la production mondiale du métal rouge, menacée par la pénurie actuelle d’acide sulfurique. Des pressions sur l’offre qui ne se traduisent pas encore par une nouvelle flambée des prix du cuivre…
La réduction de l’objectif de production de Grasberg s’explique par des retards dans la montée en puissance du site, frappé en septembre 2025 par une coulée de boue meurtrière qui avait contraint à l'arrêt immédiat de l'extraction. La mine fonctionne depuis lors en deçà de ses capacités et la reprise totale attendue initialement fin 2027 est reportée à début 2028.
Ce nouveau retard s'inscrit dans un contexte d'offre déjà fragilisée par la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz au trafic de soufre. Les producteurs de cuivre qui utilisent cet intrant chimique pour extraire le métal des minerais oxydés représentent en effet environ 20 % de la production mondiale de cuivre. La RDC et la Zambie se voient ainsi priver d’une partie de leur approvisionnement en acide sulfurique de même que le Chili, leader mondial de la production de cuivre et dépendant des exportations chinoises, qui doit gérer les restrictions décidées par Pékin sur ses expéditions d’acide sulfurique.
Un marché essoufflé ?
Jusqu’ici, les perturbations annoncées au niveau de l’offre n'ont pourtant pas provoqué une nouvelle envolée des prix du cuivre. En janvier 2026, le métal rouge a brièvement franchi la barre des 14 000 dollars la tonne après avoir atteint pour la première fois le seuil de 12 000 dollars en décembre 2025. Ce sommet a été porté par les arrêts de production à Grasberg et à la mine congolaise Kamoa-Kakula d'Ivanhoe Mines, ainsi que par la ruée des opérateurs américains sur les stocks de cuivre raffiné avant d'éventuels droits de douane, et une forte composante spéculative.
Mais depuis fin février, début des premières frappes en Iran ayant entrainé la fermeture du détroit, les prix n'ont que peu évolué : le contrat pour livraison dans trois mois sur la bourse des métaux de Londres (LME), alors à 13 343 dollars la tonne, est passé à 13 573 dollars au 8 mai. Une évolution marginale, confortée par des fondamentaux du marché.
L'International Copper Study Group (ICSG) a certes revu à la baisse ses prévisions de croissance de la production minière mondiale pour 2026, de 2,3 % à 1,6 %. Mais l’organisation anticipe également un excédent d'environ 96 000 tonnes sur le marché mondial du cuivre raffiné cette année, là où elle prévoyait en octobre dernier un déficit de 150 000 tonnes. La guerre en Iran, qui affaiblit les perspectives économiques mondiales, a en effet conduit l'ICSG à réduire ses prévisions de croissance de la demande de 2,1 % à 1,6 %. La pression sur l'offre et la pression sur la demande se compensent ainsi mutuellement, limitant l’impact habituel des perturbations de la production sur les prix.
L'Afrique entre opportunité et vulnérabilité
Pour les producteurs africains, la situation actuelle du marché mondial du cuivre présente un caractère ambivalent. La Banque mondiale anticipe une hausse moyenne des prix du cuivre de 21 % en 2026 sur l'ensemble de l'année, un niveau annuel record, avant un repli d'environ 8 % en 2027 à mesure que les perturbations se résorbent. La RDC, premier producteur africain et la Zambie son dauphin, dont le cuivre représente environ 70 % des recettes d'exportation, se trouvent en première ligne pour capter les revenus supplémentaires liées à des prix élevés.
Mais la pénurie d'acide sulfurique illustre la limite de cet avantage. Les mines fonctionnant selon le procédé de lixiviation sont directement exposées aux ruptures d'approvisionnement. En cas de rupture, les revenus attendus de la hausse des prix ne feraient que compenser la baisse en volume de la production de cuivre. L’autre question est de savoir laquelle des deux pressions l'emportera : une offre durablement contrainte, ou une demande déprimée par un contexte géopolitique et économique dégradé.
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