par energy_isere » 23 août 2026, 11:00
Le Bangladesh rationne le gaz et met son industrie sous tension
AFP avec Connaissance des Énergies le 23 août 2026
À Ashuganj, dans l’est du Bangladesh, une grande usine d’engrais est arrêtée depuis plus d’un an, touchée par une pénurie de gaz qui pèse sur l’économie et les ménages.
Une usine d’urée arrêtée près du gisement de Titas
Le site d’Ashuganj, à Brahmanbaria, près du gisement gazier de Titas, a fermé en mars 2025 après des années de recul de la production nationale de gaz. L’usine employait 1 200 personnes et pouvait produire jusqu’à 1 600 tonnes d’urée par jour, un intrant central pour l’agriculture d’un pays de 170 millions d’habitants.
Md Bazlur Rashid, 59 ans, qui y a travaillé toute sa vie, décrit désormais une installation à l’arrêt, marquée par la corrosion. L’unité fait partie des six grandes usines d’engrais du Bangladesh contraintes de cesser ou de réduire leur activité faute d’approvisionnement suffisant.
La fragilité industrielle dépasse le cas d’Ashuganj. Selon des données de la Bangladesh Chemical Industries Corporation et du ministère bangladais de l’Agriculture citées par la presse locale en juillet 2026, les sept usines publiques d’engrais disposent d’une capacité installée supérieure à 3,7 millions de tonnes par an, mais n’ont produit que 1,106 million de tonnes sur l’exercice 2025-2026, pour une demande nationale de 6,6 millions de tonnes.
Le déficit de gaz atteint les ménages, le textile et les transports
La pénurie de gaz touche aussi le système électrique, dans un pays où la production d’électricité dépend largement des centrales au gaz. Le tableau de bord de l’Energy and Mineral Resources Division indiquait une fourniture de gaz naturel de 2 175 millions de pieds cubes par jour au 21 août 2026, un niveau sous tension au regard des besoins concurrents de l’électricité, de l’industrie, des ménages et des stations-service.
Des centaines d’usines, notamment textiles, ont réduit leur activité ou fermé. Le Bangladesh est le deuxième exportateur mondial de vêtements, et la Banque mondiale indiquait en février 2026 que le prêt-à-porter représentait 82 % des exportations du pays, ce qui rend la filière particulièrement exposée aux délestages et aux restrictions de gaz.
Le gouvernement a pris en août de nouvelles mesures d’économie d’électricité, dont la fermeture des centres commerciaux une heure plus tôt. Les ménages, qui représentent un peu plus d’un dixième de la consommation nationale de gaz, subissent aussi les baisses de pression et les coupures de courant.
À Ashuganj, Nargis Begum, 50 ans, explique que le gaz manque la nuit et que la pression ne permet pas toujours d’allumer deux brûleurs simultanément. « La nuit dernière, nous en avons subi trois ou quatre », dit-elle à propos des coupures d’électricité, ajoutant : « Nos souffrances ne cessent jamais ».
Les importations de GNL exposent Dacca aux chocs extérieurs
La crise s’est aggravée avec la guerre au Moyen-Orient et le quasi-blocage du détroit d’Ormuz, qui ont perturbé les livraisons de gaz naturel liquéfié. Le Bangladesh, encore largement autosuffisant en gaz naturel en 2018, a vu sa production décliner à mesure que les gisements s’épuisaient, tandis que la demande continuait de croître.
Le Qatar est devenu l’un des principaux fournisseurs du pays. S&P Global indiquait en juillet 2026, en citant Petrobangla, que le Bangladesh avait reçu environ 60 % de ses besoins d’importation de GNL depuis le Qatar en 2025 et que les livraisons prévues par QatarEnergy en 2026 devaient être réduites d’environ moitié.
Le ministre bangladais de l’Énergie, Iqbal Hasan Mahmud Tuku, impute une partie de la crise au manque d’investissement dans l’exploration sous le gouvernement de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina, renversée en 2024 après une insurrection. « Notre dépendance vis-à-vis des importations nous a menés à cette situation », a-t-il déclaré lors d’une conférence sur la sécurité énergétique à Dacca en juillet.
Le gouvernement prépare de nouveaux forages
Faute de réponse immédiate sur l’offre intérieure, les autorités continuent de commander du GNL et d’investir dans des terminaux afin d’augmenter les importations. L’Agence internationale de l’énergie estimait dans son bilan mondial 2026 que la demande de gaz naturel du Bangladesh avait progressé d’environ 4 % en 2025, principalement sous l’effet de l’industrie.
Selon Md Anwar Hossain Bhuiyan, professeur de géologie à l’université de Dacca, les champs existants pourraient produire davantage, mais une solution durable passe par de nouveaux forages, avec des délais plus longs. Le gouvernement prévoit d’acquérir deux appareils de forage et a lancé un appel d’offres pour l’exploration offshore.
Md Abdul Mannan, directeur de Petrobangla, la compagnie publique chargée des hydrocarbures, estime toutefois que le gaz ne suffira pas à régler la crise énergétique. Selon lui, le problème « sera résolu une fois que nous nous tournerons vers les énergies renouvelables ».
https://www.connaissancedesenergies.org ... rts-260823
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AFP avec Connaissance des Énergies le 23 août 2026
À Ashuganj, dans l’est du Bangladesh, une grande usine d’engrais est arrêtée depuis plus d’un an, touchée par une pénurie de gaz qui pèse sur l’économie et les ménages.
[b]Une usine d’urée arrêtée près du gisement de Titas[/b]
Le site d’Ashuganj, à Brahmanbaria, près du gisement gazier de Titas, a fermé en mars 2025 après des années de recul de la production nationale de gaz. L’usine employait 1 200 personnes et pouvait produire jusqu’à 1 600 tonnes d’urée par jour, un intrant central pour l’agriculture d’un pays de 170 millions d’habitants.
Md Bazlur Rashid, 59 ans, qui y a travaillé toute sa vie, décrit désormais une installation à l’arrêt, marquée par la corrosion. L’unité fait partie des six grandes usines d’engrais du Bangladesh contraintes de cesser ou de réduire leur activité faute d’approvisionnement suffisant.
La fragilité industrielle dépasse le cas d’Ashuganj. Selon des données de la Bangladesh Chemical Industries Corporation et du ministère bangladais de l’Agriculture citées par la presse locale en juillet 2026, les sept usines publiques d’engrais disposent d’une capacité installée supérieure à 3,7 millions de tonnes par an, mais n’ont produit que 1,106 million de tonnes sur l’exercice 2025-2026, pour une demande nationale de 6,6 millions de tonnes.
[b]Le déficit de gaz atteint les ménages, le textile et les transports[/b]
La pénurie de gaz touche aussi le système électrique, dans un pays où la production d’électricité dépend largement des centrales au gaz. Le tableau de bord de l’Energy and Mineral Resources Division indiquait une fourniture de gaz naturel de 2 175 millions de pieds cubes par jour au 21 août 2026, un niveau sous tension au regard des besoins concurrents de l’électricité, de l’industrie, des ménages et des stations-service.
Des centaines d’usines, notamment textiles, ont réduit leur activité ou fermé. Le Bangladesh est le deuxième exportateur mondial de vêtements, et la Banque mondiale indiquait en février 2026 que le prêt-à-porter représentait 82 % des exportations du pays, ce qui rend la filière particulièrement exposée aux délestages et aux restrictions de gaz.
Le gouvernement a pris en août de nouvelles mesures d’économie d’électricité, dont la fermeture des centres commerciaux une heure plus tôt. Les ménages, qui représentent un peu plus d’un dixième de la consommation nationale de gaz, subissent aussi les baisses de pression et les coupures de courant.
À Ashuganj, Nargis Begum, 50 ans, explique que le gaz manque la nuit et que la pression ne permet pas toujours d’allumer deux brûleurs simultanément. « La nuit dernière, nous en avons subi trois ou quatre », dit-elle à propos des coupures d’électricité, ajoutant : « Nos souffrances ne cessent jamais ».
[b]Les importations de GNL exposent Dacca aux chocs extérieurs[/b]
La crise s’est aggravée avec la guerre au Moyen-Orient et le quasi-blocage du détroit d’Ormuz, qui ont perturbé les livraisons de gaz naturel liquéfié. Le Bangladesh, encore largement autosuffisant en gaz naturel en 2018, a vu sa production décliner à mesure que les gisements s’épuisaient, tandis que la demande continuait de croître.
Le Qatar est devenu l’un des principaux fournisseurs du pays. S&P Global indiquait en juillet 2026, en citant Petrobangla, que le Bangladesh avait reçu environ 60 % de ses besoins d’importation de GNL depuis le Qatar en 2025 et que les livraisons prévues par QatarEnergy en 2026 devaient être réduites d’environ moitié.
Le ministre bangladais de l’Énergie, Iqbal Hasan Mahmud Tuku, impute une partie de la crise au manque d’investissement dans l’exploration sous le gouvernement de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina, renversée en 2024 après une insurrection. « Notre dépendance vis-à-vis des importations nous a menés à cette situation », a-t-il déclaré lors d’une conférence sur la sécurité énergétique à Dacca en juillet.
[b]Le gouvernement prépare de nouveaux forages[/b]
Faute de réponse immédiate sur l’offre intérieure, les autorités continuent de commander du GNL et d’investir dans des terminaux afin d’augmenter les importations. L’Agence internationale de l’énergie estimait dans son bilan mondial 2026 que la demande de gaz naturel du Bangladesh avait progressé d’environ 4 % en 2025, principalement sous l’effet de l’industrie.
Selon Md Anwar Hossain Bhuiyan, professeur de géologie à l’université de Dacca, les champs existants pourraient produire davantage, mais une solution durable passe par de nouveaux forages, avec des délais plus longs. Le gouvernement prévoit d’acquérir deux appareils de forage et a lancé un appel d’offres pour l’exploration offshore.
Md Abdul Mannan, directeur de Petrobangla, la compagnie publique chargée des hydrocarbures, estime toutefois que le gaz ne suffira pas à régler la crise énergétique. Selon lui, le problème « sera résolu une fois que nous nous tournerons vers les énergies renouvelables ».
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