Du lithium dans le Puy-de-Dôme ? Un permis de recherches délivré en Limagne
Catherine Lopes le 14/09/2026
L'entreprise Arverne, dont le siège social est à Pau, vient d'obtenir un permis de recherches dans le bassin de la plaine de Limagne, dans le Puy-de-Dôme. Objectif : sonder le sol pour savoir s'il contient du lithium dans des eaux chaudes souterraines.
C'est une étape cruciale dans l'exploration des richesses souterraines de l’Auvergne qui vient d'être franchie pour l'entreprise Arverne. Début septembre, l’État lui a accordé un permis de recherches pour caractériser les ressources disponibles dans le sous-sol de la Limagne. Ce nouveau volet s'ajoute à un précédent permis situé au niveau de Clermont-Ferrand et Riom, qui portait spécifiquement sur la géothermie. Pour ce nouveau périmètre, l’objectif est clair : "L’objectif est de chercher des métaux donc du lithium surtout", précise Thierry Trouyet, directeur général délégué d’Arverne.
Voici la zone de recherche en géothermie et en lithium dans le Puy-de-Dôme. • © Arverne
Cette phase d'exploration, qui devrait débuter concrètement en 2027, ne ressemblera pas à des forages massifs immédiats. L'entreprise privilégie des "scans 3D", une méthode non invasive comparable à une échographie du sol. "Ce sont des sondes en surface qui sont juste posées en surface et qui en fait envoient des ondes dans le sol", explique le directeur général. Ces données permettront aux géologues de confirmer si le lithium est présent en proportions suffisantes pour justifier une exploitation. L'échographie du sous-sol permet de cartographier la structure du sous-sol, mais ne permettra pas à ce stade de voir si l'eau qui y circule contient du lithium.
Le lithium géothermal
Contrairement aux projets miniers classiques, comme celui d'Imerys dans l'Allier qui extrait le métal de la roche, Arverne mise sur le lithium géothermal. Le métal est ici présent directement dans les eaux chaudes souterraines. Thierry Trouyet affirme sans détour : "C'est le lithium le plus vert au monde".
Le procédé repose sur un circuit fermé : l’eau saline est pompée à grande profondeur, la chaleur est récupérée pour la géothermie, puis le lithium est capté par un "filtre naturel ionique" avant que l’eau ne soit réinjectée exactement là où elle a été puisée. "Elle n'est absolument en contact avec rien du tout" et "l'eau repart naturellement d'où elle vient", rassure le dirigeant, précisant que cette eau profonde est de toute façon impropre à la consommation ou à l'agriculture.
Une source d'énergie souveraine pour l'Auvergne
Au-delà du lithium, l’enjeu est également énergétique. La géothermie offre une chaleur "décarbonée, complètement pilotable et souveraine". Dans un contexte où la chaleur représente la moitié de la consommation énergétique française, disposer d'une telle ressource sous ses pieds est un atout stratégique pour les collectivités et les entreprises locales.
L'Auvergne, territoire volcanique et sismique, possède un sous-sol particulièrement riche en failles, ce qui en fait un terrain d'exploration privilégié. Arverne y a déjà investi 3,5 millions d’euros pour les premières recherches en géothermie. "Pendant un temps donné, on a l'exclusivité de pouvoir faire ces recherches sur ce territoire", explique Thierry Trouyet, tout en rappelant que les données collectées deviendront publiques et resteront acquises à l’État et au territoire.
Une entreprise aux racines auvergnates
Bien que basée à Pau pour bénéficier de l'expertise historique du bassin de l'Adour en ingénierie du sous-sol, l'entreprise Arverne, créée en 2018, n'a pas choisi son nom par hasard. Son fondateur est auvergnat, et la société, qui compte aujourd'hui 250 collaborateurs, a "très à cœur de revenir sur ce territoire".
Avec des résultats d'études géothermiques déjà jugés "très favorables", l'aventure ne fait que commencer dans la Limagne. Si les promesses du sous-sol se confirment, l'Auvergne pourrait bien devenir le fer de lance d'une extraction minérale et d'une production d'énergie innovantes.