Futur Robots humanoïdes : le carton en Bourse du champion chinois Unitree
L’entreprise a fait ce mercredi à Shanghai une entrée en Bourse spectaculaire. Un signe de la confiance des investisseurs dans un secteur où la Chine détient une longueur d’avance.
ParLibération•AFP 19 aout 2026
Un bond impressionnant, comparable à ceux réalisés par les robots humanoïdes de la société chinoise. Ce mercredi, le titre de l’entreprise basée à Hangzhou (est) s’échangeait à 845 yuans (108,12 euros) à la clôture des opérations, soit 460,34 % de gain ou plus de cinq fois plus que sa valeur d’introduction (150,8 yuans, 19,30 euros). Le titre avait ouvert à + 629 % sur le marché dédié aux technologies de la Bourse de Shanghai.
Dans un secteur en plein essor mondial, les entreprises de robotique chinoises ont pris une longueur d’avance. Une aubaine pour Pékin. Le gouvernement chinois a fait de la robotique un secteur stratégique. Les autorités affirment que plus de 140 entreprises ont déjà lancé l’année dernière plus de 330 modèles de robots humanoïdes.
Des robots humanoïdes de la société Unitree Robotics font une démonstration de kick-boxing lors de la Conférence mondiale sur la robotique 2026, à Pékin, en Chine, le 19 août 2026. (Tingshu Wang/Reuters)
Dans le pays, les machines d’Unitree sont devenues le symbole du développement de cette industrie, soutenue par les politiques gouvernementales et de solides chaînes d’approvisionnement.
Unitree avait fait sensation l’an dernier lors du grand gala télévisé du Nouvel An chinois avec la performance d’humanoïdes en tenues traditionnelles pratiquant le kung-fu et réalisant des sauts périlleux.
Lundi 17 août, l’entreprise a dévoilé un nouveau robot humanoïde baptisé «Superman». Un robot capable de sauter jusqu’à deux mètres de haut et de parcourir 12,66 mètres par seconde (largement plus vite qu’Usain Bolt, recordman du monde du 100 m), se targuent les ingénieurs. Un robot qui par ailleurs affiche un prix de vente nettement moins élevé que l’Optimus Génération 2, né dans les usines du géant américain Tesla.
«Les chiffres expliquent en partie cet engouement en Bourse, développe l’analyste Stephen Innes. Unitree a livré plus de 5 500 robots humanoïdes l’an dernier, son chiffre d’affaires a bondi de 393 millions à 1,7 milliard de yuans, ses marges dépassent les 60 % et Pékin a fait de la robotique l’un des champs de bataille stratégiques de la course plus large à l’intelligence artificielle», précise Innes.
«Les produits d’Unitree sont utilisés non seulement par les chercheurs chinois, mais aussi par des géants technologiques américains comme Nvidia, Google et Amazon», relève quant à lui Renjie Guo, auprès de l’AFP. Le PDG de la société d’ingénierie robotique chinoise Zeroth ajoute que Unitree a créé un «écosystème sous-jacent qui permet à de nombreux autres de se développer».
Les débuts boursiers de Unitree «ne signifient pas que les robots sont prêts à envahir les chaînes de production. Ils nous disent seulement que les investisseurs se disputent déjà les places», nuance Stephen Innes.
L’entrée en Bourse de la firme, la première d’un fabricant de robots humanoïdes en Chine continentale, coïncide avec l’ouverture d’une conférence internationale de la robotique ce mercredi à Pékin, où des dizaines de visiteurs et de journalistes se sont pressées autour du stand d’Unitree. Ils ont notamment pu observer les progrès d’un modèle particulier. Lancée en début d’année, la gamme UBTech a mis sur le marché son premier robot, le modèle «U1». Une machine équipée de caméras oculaires, de capteurs thoraciques et de micros.
C’est le premier humanoïde ultra-réaliste de taille réelle conçu pour être produit en série. Là où Unitree prend une longueur d’avance par rapport à ses concurrents, c’est aussi sur les prix bas et la disponibilité pour le grand public. Le U1 se vend à partir de 4 900 dollars, tandis que le G1 débute à 13 500 dollars, hors taxes et frais de livraison bien évidemment. A l’inverse, Tesla, Boston Dynamics et consort sont encore au stade de la collaboration majoritairement destinée à des programmes industriels.
Méfiance des Etats-Unis
Pour permettre aux robots de toujours mieux se déplacer et interagir de manière autonome, les sociétés du secteur investissent massivement dans le développement de l’IA physique. Mais les avancées chinoises suscitent la méfiance, en particulier des Etats-Unis, dans un contexte de rivalité stratégique exacerbée, notamment avec l’historique société Boston Dynamics.
Unitree fait partie des entreprises chinoises que le Pentagone a ajoutées en juin à la liste des entités considérées comme des «compagnies militaires chinoises» opérant directement ou indirectement aux Etats-Unis.
Les Américains ont en outre interdit en juillet au nom de la sécurité nationale les importations de robots humanoïdes fabriqués à l’étranger, une mesure qui touche principalement les entreprises chinoises.
Pas de quoi décourager les ingénieurs chinois. En juin 2026, le robot humanoïde Pemba un modèle Unitree G1 modifié, a pu atteindre le sommet du Chimborazo, à 6 200 mètres d’altitude. Temps d’ascension : 16 heures. L’humanoïde a marché seul sur un chemin préalablement tracé, avançant y compris dans la neige et gravissant des pentes inférieures à 30 degrés. Et pour les sections les plus raides, le robot a encore eu besoin de l’homme pour l’assister dans sa tâche. Trois autres ascensions de sommets mythiques du globe sont au programme, se vante la société.