Dans les Pyrénées-Orientales, premières vendanges à l’ombre des panneaux photovoltaïques
Par Nelly Barbé Publié le 16/09/2025
Dans les Pyrénées-Orientales, le domaine de Besombe à Salses-le-Château a vendangé pour la première fois sa parcelle de cinsault et de sauvignon qui a poussé sous la protection dynamique des panneaux photovoltaïques de l’entreprise Sun’Agri.
Les vendanges pour le vigneron Damien de Besombe prennent une tournure particulière cette année puisqu’il récolte pour la première fois les raisins qui ont poussé à sous les panneaux photovoltaïques installés au-dessus de sa parcelle de 2,5 hectares de sauvignon et de cinsault à Saint-Laurent de la Salanque dans les Pyrénées-Orientales. « Nous avons déjà rentré le sauvignon et la différence de rendement est flagrante : 52 hl/ha pour la partie sous panneaux photovoltaïques contre 30 hl/ha pour la parcelle témoin », se réjouit-il.
Une protection pour la vigne productrice d'énergie
L’inclinaison des panneaux photovoltaïques, installés à plus de quatre mètres de hauteur pour permettre le passage des machines pour les vendanges et la taille rase, est pilotée à distance grâce à un algorithme qui calcule les besoins en ensoleillement de la plante à l’aide de sondes de stress hydrique et des stations météo installées dans la parcelle.
Aux manettes, l’entreprise SunAgri (groupe Sun’R) qui a pris à sa charge l’installation de toute la structure, soit un investissement de 2,5 millions d’euros. « Je ne paye pas de loyer à SunAgri mais en échange ils m’ont accompagné dès la plantation et pour l’installation de l’irrigation sur la parcelle », précise le vigneron catalan qui bénéficie également d’un accompagnement permanent. De son côté, SunAgri bénéficie d’un tarif de rachat de l’électricité préférentiel, à 95 centimes le kilowatt/heure contre 60 centimes pour le tarif ordinaire.
« Cela nous permet de rendre notre installation rentable. En plus de la production d’électricité décarbonée, cela apporte une solution d’adaptation au changement climatique en protégeant la plante », insiste Chloé Clair, la présidente de SunAgri, qui récuse tout « projet alibi avec trois moutons dessous ».
Des besoins en eau moins importants
« Plus les aléas sont forts, plus la protection des panneaux joue son rôle en maximisant l’ombrage au moment voulu. Cette parcelle a été plantée en 2023 en pleine sécheresse. Avec la chaleur de cette année-là, le taux de mortalité des jeunes plants montait jusqu’à 30% sur la parcelle témoin, et seulement 15% pour celle sous panneaux. On retrouve aujourd’hui cet écart dans le niveau de rendement des deux parcelles », explique Mélanie Doffagne, responsable du suivi agronomique de Sun’Agri.
Ses résultats sont confortés par ceux relevés de la chambre d’agriculture des Pyrénées-Orientales et qui attestent aussi d’un rendement plus important. Protégée de la chaleur, les besoins en eau de la vigne sont également réduits, de l’ordre de 30% relève Sun’Agri.
« La condition de Sun’Agri était que je plante de la vigne sous les panneaux. Cela a achevé de me convaincre du sérieux de la démarche », confie Damien de Besombe qui envisage d’équiper de panneaux une nouvelle parcelle. Pour autant, si le vigneron catalan a été conquis, les projets agrivoltaïques ne font pas toujours l’unanimité auprès des habitants sceptiques sur le projet agricole et l’impact sur le paysage. C’est le cas par exemple à quelques kilomètres de là, à Terrats dans les Aspres.
« Certains restent opposés même s’ils voient que ça a bien été replanté en dessous », constate Anne-Lise Salomé, responsable des relations institutionnelles pour l’Occitanie, qui indique aussi que Sun’Agri systématise désormais l’analyse du risque paysager de ses projets.