par mobar » il y a 40 minutes
https://elucid.media/democratie/les-eta ... _ts=crises**
II. Droit de la guerre : place à la barbarie
Une prohibition millénaire de l’assassinat et de la perfidie
Imaginons un instant que, pendant des négociations, l'Iran ait envoyé des drones et assassiné le président Trump, la moitié du gouvernement américain, les chefs d'état-major, le directeur de la CIA, quelques gouverneurs, et en prime, George Bush dans son ranch et Bill Clinton chez lui. Imaginons ensuite que, le lendemain, l'Iran propose de se mettre autour d'une table pour négocier un cessez-le-feu. Que dirait-on ? Comment le monde réagirait-il ? La réponse est claire : ce serait considéré comme un acte de barbarie absolue, un casus belli justifiant une riposte totale, une violation de toutes les normes de civilisation.
Dès l'Antiquité, il existait une distinction entre tuer un ennemi au combat et l'assassiner par ruse ou traîtrise. Cicéron évoquait l'idée que même envers l'ennemi, certains devoirs subsistent, et que la guerre doit être menée avec une certaine bonne foi. « Il est aussi des devoirs à remplir envers ceux de qui nous avons reçu quelque injure ; car la punition et la vengeance ont des bornes. »
Ces principes seront repris et systématisés au fil des siècles, jusqu’à Hugo Grotius, souvent considéré comme le père du droit international, qui, dans son ouvrage de 1625 Du droit de la guerre et de la paix, expliquait qu’on pouvait tuer, mais jamais par perfidie, ou en rompant un engagement. On en retrouve même la trace dans les Instructions de 1863 du Président Lincoln pour les armées en campagne des États-Unis (Lieber Code) :
« Le droit de la guerre n’autorise pas de proclamer un individu appartenant à l’armée hostile, ni un citoyen, ou un sujet du gouvernement hostile, un hors-la-loi pouvant être tué sans procès […] pas plus que le droit moderne de la paix […] Les nations civilisées regardent avec horreur les offres de récompenses pour l’assassinat d’ennemis comme des rechutes dans la barbarie. »
Aux États-Unis, l’assassinat est d’ailleurs toujours prohibé par l'Executive Order 12333 de Ronald Reagan. Ces règles seront finalement encadrées dans le droit international contemporain à travers :
les Conventions de La Haye de 1899 (22 et23b): « Les belligérants n'ont pas un droit illimité quant au choix des moyens de nuire à l'ennemi. […] Il est notamment interdit : […] de tuer ou de blesser par trahison des individus appartenant à la nation ou à l'armée ennemie. »
et les Conventions de Genève de 1949 (Protocole I) : « Article 37 - Interdiction de la perfidie. Il est interdit de tuer, blesser ou capturer un adversaire en recourant à la perfidie. Constituent une perfidie les actes faisant appel, avec l'intention de la tromper, à la bonne foi d'un adversaire [comme par exemple] a) feindre l'intention de négocier».
Ces règles existent depuis des siècles pour une bonne raison : elles sont le dernier rempart pour éviter que l’Humanité ne sombre dans la barbarie. Sans un minimum de confiance entre dirigeants, il n’y a tout simplement pas de paix possible.
Après 1945, l'Humanité s'était engagée dans un projet de construction d'un ordre international destiné à éviter cette barbarie. La Charte des Nations Unies pose, dès ses premiers articles, le principe fondamental de l'interdiction du recours à la force dans les relations internationales. Le crime d'agression (le fait pour un État d'attaquer un autre État souverain sans mandat du Conseil de sécurité et en dehors du cadre de la légitime défense) est considéré, depuis les procès de Nuremberg, comme le « crime suprême » :
« La guerre est un mal dont les conséquences ne se limitent pas aux seuls États belligérants, mais affectent le monde tout entier. Déclencher une guerre d'agression n'est donc pas seulement un crime d'ordre international ; c'est le crime international suprême, ne différant des autres crimes de guerre que du fait qu'il les contient tous. » [Jugement du tribunal de Nuremberg, 1946]
Ce qui se joue dans cette guerre contre l'Iran, c’est à l’inverse une lecture totalement enfantine du monde. Une régression vers un schéma très américain où il y a « le gentil » et « le méchant », et où il suffit de tuer le méchant pour que tout s'arrange. Cette « Géopolitique Walt Disney » est une conception manichéenne, appliquée à des problèmes d'une complexité vertigineuse. L'Iran est un pays de 90 millions d'habitants avec une société complexe, une histoire millénaire et des dynamiques internes qui échappent largement à la compréhension des commentateurs occidentaux. Nous vous renvoyons à notre entretien de 2025 avec Thierry Coville particulièrement éclairant sur ce point :
https://elucid.media/democratie/les-etats-unis-et-israel-nous-entrainent-dans-une-barbarie-suicidaire?mc_ts=crises**
[quote]II. Droit de la guerre : place à la barbarie
Une prohibition millénaire de l’assassinat et de la perfidie
Imaginons un instant que, pendant des négociations, l'Iran ait envoyé des drones et assassiné le président Trump, la moitié du gouvernement américain, les chefs d'état-major, le directeur de la CIA, quelques gouverneurs, et en prime, George Bush dans son ranch et Bill Clinton chez lui. Imaginons ensuite que, le lendemain, l'Iran propose de se mettre autour d'une table pour négocier un cessez-le-feu. Que dirait-on ? Comment le monde réagirait-il ? La réponse est claire : ce serait considéré comme un acte de barbarie absolue, un casus belli justifiant une riposte totale, une violation de toutes les normes de civilisation.
Dès l'Antiquité, il existait une distinction entre tuer un ennemi au combat et l'assassiner par ruse ou traîtrise. Cicéron évoquait l'idée que même envers l'ennemi, certains devoirs subsistent, et que la guerre doit être menée avec une certaine bonne foi. « Il est aussi des devoirs à remplir envers ceux de qui nous avons reçu quelque injure ; car la punition et la vengeance ont des bornes. »
Ces principes seront repris et systématisés au fil des siècles, jusqu’à Hugo Grotius, souvent considéré comme le père du droit international, qui, dans son ouvrage de 1625 Du droit de la guerre et de la paix, expliquait qu’on pouvait tuer, mais jamais par perfidie, ou en rompant un engagement. On en retrouve même la trace dans les Instructions de 1863 du Président Lincoln pour les armées en campagne des États-Unis (Lieber Code) :
« Le droit de la guerre n’autorise pas de proclamer un individu appartenant à l’armée hostile, ni un citoyen, ou un sujet du gouvernement hostile, un hors-la-loi pouvant être tué sans procès […] pas plus que le droit moderne de la paix […] Les nations civilisées regardent avec horreur les offres de récompenses pour l’assassinat d’ennemis comme des rechutes dans la barbarie. »
Aux États-Unis, l’assassinat est d’ailleurs toujours prohibé par l'Executive Order 12333 de Ronald Reagan. Ces règles seront finalement encadrées dans le droit international contemporain à travers :
les Conventions de La Haye de 1899 (22 et23b): « Les belligérants n'ont pas un droit illimité quant au choix des moyens de nuire à l'ennemi. […] Il est notamment interdit : […] de tuer ou de blesser par trahison des individus appartenant à la nation ou à l'armée ennemie. »
et les Conventions de Genève de 1949 (Protocole I) : « Article 37 - Interdiction de la perfidie. Il est interdit de tuer, blesser ou capturer un adversaire en recourant à la perfidie. Constituent une perfidie les actes faisant appel, avec l'intention de la tromper, à la bonne foi d'un adversaire [comme par exemple] a) feindre l'intention de négocier».
Ces règles existent depuis des siècles pour une bonne raison : elles sont le dernier rempart pour éviter que l’Humanité ne sombre dans la barbarie. Sans un minimum de confiance entre dirigeants, il n’y a tout simplement pas de paix possible.
Après 1945, l'Humanité s'était engagée dans un projet de construction d'un ordre international destiné à éviter cette barbarie. La Charte des Nations Unies pose, dès ses premiers articles, le principe fondamental de l'interdiction du recours à la force dans les relations internationales. Le crime d'agression (le fait pour un État d'attaquer un autre État souverain sans mandat du Conseil de sécurité et en dehors du cadre de la légitime défense) est considéré, depuis les procès de Nuremberg, comme le « crime suprême » :
« La guerre est un mal dont les conséquences ne se limitent pas aux seuls États belligérants, mais affectent le monde tout entier. Déclencher une guerre d'agression n'est donc pas seulement un crime d'ordre international ; c'est le crime international suprême, ne différant des autres crimes de guerre que du fait qu'il les contient tous. » [Jugement du tribunal de Nuremberg, 1946]
Ce qui se joue dans cette guerre contre l'Iran, c’est à l’inverse une lecture totalement enfantine du monde. Une régression vers un schéma très américain où il y a « le gentil » et « le méchant », et où il suffit de tuer le méchant pour que tout s'arrange. Cette « Géopolitique Walt Disney » est une conception manichéenne, appliquée à des problèmes d'une complexité vertigineuse. L'Iran est un pays de 90 millions d'habitants avec une société complexe, une histoire millénaire et des dynamiques internes qui échappent largement à la compréhension des commentateurs occidentaux. Nous vous renvoyons à notre entretien de 2025 avec Thierry Coville particulièrement éclairant sur ce point :[/quote]