Berlin obtient le feu vert de Bruxelles pour la construction de nouvelles centrales à gaz... et le gouvernement allemand ne veut pas perdre de temps
Le gouvernement allemand veut rapidement concrétiser son changement de stratégie énergétique, avec la construction de 12 GW de centrales à gaz et de stockage par batteries. L’objectif : stabiliser les marchés de l’électricité et compenser la perte de capacités pilotables liée à la fin progressive du charbon.
Gwénaëlle Deboutte Publié le 19 janvier 2026
Quand les ENR&R ne suffisent pas, les centrales à gaz sont prêtes à prendre la relève.
La Commission européenne et le gouvernement fédéral ont conclu un accord clé ouvrant la voie à la construction de nouvelles centrales à gaz en Allemagne. Cette décision s’inscrit dans le cadre de la révision de la feuille de route énergétique de Berlin, actée en 2025, alors que le mix électrique allemand poursuit sa transformation.
En 2025, les énergies renouvelables ont en effet représenté 55,9% de la production d’électricité. Dans le même temps, la baisse de l’utilisation de lignite a été compensée par une hausse du recours au gaz naturel, confirmant son rôle croissant comme variable d’ajustement lors des périodes de faible production éolienne et solaire.
En 2026, une capacité visée de 10 gigawatts provenant de centrales à gaz
Dès l’année 2026, un premier appel d’offres portant sur 12 gigawatts (GW) de capacités pilotables doit donc être lancé. Il comprendra 10GW de centrales à gaz et 2GW ouverts à d’autres technologies, notamment le stockage par batteries, comme l’a annoncé la ministre de l’Économie et de l’Énergie, Katherina Reiche (CDU), évoquant «une étape décisive pour la sécurité de l’approvisionnement».
Les installations retenues devront entrer en exploitation au plus tard en 2031. D’autres appels d’offres sont prévus en 2027 puis en 2029 ou 2030. À terme, le gouvernement vise jusqu’à 20 GW de nouvelles centrales à gaz, contre 12,5 GW envisagés par l’ancien ministre écologiste Robert Habeck, traduisant ce changement de paradigme énergétique.
Favoriser la conversion des équipements à l’hydrogène
Par ailleurs, le dispositif s’accompagne d’une vision sur le long terme : des incitations doivent permettre la conversion des équipements à l’hydrogène («H₂-ready») avant 2045. À partir de 2032, un marché de capacité technologiquement ouvert est également prévu. Il doit garantir la rentabilité des investissements en rémunérant la mise à disposition de capacités, même lorsqu’elles ne sont mobilisées que quelques heures par an, afin de renforcer la stabilité du système électrique. Selon l’Agence fédérale des réseaux, l’Allemagne aura besoin d’ici à 2035 de nouvelles capacités pilotables allant jusqu’à 36 GW, incluant les centrales à gaz et les systèmes de stockage.
L’industrie allemande soutient largement cette orientation. Pour la Fédération de l’industrie allemande (BDI), elle est indispensable pour limiter la volatilité des prix en l’absence de vent et de soleil. Sur 2025, le prix moyen sur le marché day-ahead a ainsi atteint 86,55 €/MWh, en hausse d’environ 11% sur un an, illustrant les tensions sur le marché de l’électricité. Le prix moyen pondéré en volume sur le marché intraday (heure) a été de 89,38 €/MWh, contre 82,25 €/MWh en 2024.
Éviter le recours massif aux subventions publiques
Les organisations environnementales se montrent toutefois plus critiques. La Deutsche Umwelthilfe considère que ces installations, qui créent de nouvelles dépendances d’approvisionnement en gaz naturel, devraient être une «solution de dernier recours». Elle appelle au contraire à prioriser le renforcement des réseaux, l’interconnexion européenne, le stockage et la flexibilité de la demande.
La question du financement, potentiellement de plusieurs milliards d’euros, reste enfin un point sensible. La Chambre allemande de commerce et d’industrie (DIHK) critique un recours massif aux subventions publiques, susceptibles d’alourdir la facture des consommateurs, déjà l’une des plus élevées d’Europe. Elle plaide donc plutôt pour des mécanismes de marché obligeant les fournisseurs à sécuriser leurs approvisionnements.
Des capacités flexibles et sécurisées par les fournisseurs
Sur le terrain, les projets se concrétisent pourtant déjà. RWE prévoit jusqu’à 3GW de nouvelles capacités flexibles en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Uniper environ 2GW de centrales compatibles avec l’hydrogène, tandis que Steag Iqony envisage jusqu’à 2GW supplémentaires. Autant d’investissements qui pourraient rapidement matérialiser la nouvelle stratégie énergétique allemande.
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