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Site dédié à la fin de l'âge du pétrole

Luttwak

« La vérité à propos de la fourniture mondiale de pétrole »
par le Dr. Luttwak

et les commentaires du professeur Kjell Aleklett, Président de l' ASPO
(Association for the Study of the Peak Oil)

J'ai reçu un mail de James MORRIS et il me suggérait de lire un article dont l'auteur est Edward N Luttwak, Senior Fellow au « Center for Strategic and International Studies » (CSIS) à Washington.

Cet article peut être retrouvé à http://www.thefirstpost.co.uk/index.php?menuID=1&subID=18 sur le site de 'The First Post', propriété de 'the First Post News Group Ltd', composé par un groupe d'investisseurs privés désirant développer des nouvelles opportunités dans les médias. Le président honoraire de cette compagnie est Mike TURNER, un senior partner de WIGGIN, une association d'avocats spécialisée dans les législations sur les médias. Cela apparaissait vraiment sérieux et j'en concluais que cet article était bien authentique. Il est bien évident que cet article a été écrit dans l'idée d'aider les investisseurs à prendre les bonnes décisions.

En accord avec la page web du CSIS, le « Center for Strategic and International Studies » s'est consacré depuis une quarantaine d'années à fournir aux leaders mondiaux des informations stratégiques et des politiques adéquates conduisant à des solutions viables pour des problématiques d'importance mondiale. Aujourd'hui, le pétrole est une de ces problématiques.

Le message principal du Dr Luttwak est que « le monde n'est pas à court de pétrole et que les prix ne vont pas monter, mais descendre ». Il est parfaitement bien entendu que le CSIS a en son sein un expert bien mieux informé que tous mes collègues de l'ASPO au sujet des réserves et de la production de pétrole.

Pour le vérifier, je me suis rendu sur le site du CSIS et j'ai essayé d'obtenir plus d'informations au sujet de Mr. Luttwak et voici tout ce que j'ai reçu:

(voir à http://www.csis.org/experts/4luttwak.htm .)

Edward H. Luttwak, Senior Fellow, Diplomatie de prévention
Expertise: Geo-économie; stratégie.
Autorité reconnue internationalement, Edward Luttwak a travaillé comme consultant à l'Office du Secretaire à la Défense, le Conseil de Securité Nationale , et le Département d'Etat U.S. Il est membre du groupe d'étude de sécurité nationale des U.S.A. Départment de la Défense, et un associé du ministère japonais des finances pour les politiques monétaires et fiscales. Le Dr. Luttwak est un conférencier régulier dans les universités et grands collèges militaires aux USA et à l'étranger (récemment en Russie, Italie, France, Japon, Argentine et au Royaume Uni).

Pas un mot que le Dr Luttwak possède le moindre bagage sur le pétrole. Mais lisons ce qu'il a à nous dire:

« Le monde industrialisé a besoin de plus en plus de pétrole. Les prix sont fixés en réalité par l'Arabie Saoudite, qui a les capacités de production les plus grandes et qui a une voix prépondérante dans l'OPEP . Mais, quoiqu'il arrive à la suite de la mort du Roi Fahd, le royaume du désert est perçu de manière croissante comme un problème plutôt que comme solution dans l'équation mondiale de l'énergie.

Si les Saoudiens ne peuvent pas ou ne veulent pas extraire beaucoup plus de pétrole, les analystes craignent que les prix déjà élevés ne puissent que continuer à monter, avec des effets désastreux.

KA: Le ton est donné dès la première phrase: la préoccupation principale du Dr Luttwak est « le monde industrialisé ». En 2002, les USA, la couronne de diamants de ce monde là, avec 5% de la population mondiale, utilisaient 25% de tout le pétrole produit dans le monde, l'UE en consommait 18% et l'OCDE au total pas moins de 60% de la production mondiale annuelle. Les seuls pays qui ont réellement besoin de plus de pétrole dans le futur sont les pays en voie de développement. Comme la croissance économique dans ces pays est directement proportionnelle à l'utilisation croissante de pétrole, il aurait été plus correct de dire que ces pays ont besoin de plus de pétrole. Par contre, les pays industrialisés ont besoin d'utiliser le pétrole de manière plus efficace et de travailler avec des systèmes énergétiques qui consomment moins de pétrole. L'idée que l'Arabie est un problème est intéressante à lire. En tant que conseiller à la sécurité, il serait intéressant de savoir quels avis le Dr Luttwak donne aux différents gouvernements qui le consultent.

Cette analyse pessimiste est séduisante, mais fausse- en partie parce qu'elle est basée sur des chiffres peu sûrs et trompeurs. Nous ne savons pas précisément combien de pétrole il reste dans le monde parce que les seules statistiques fiables des réserves sont produites par les pays développés comme les USA et le Royaume-Uni, et même leurs chiffres peuvent changer quand des prix plus élevés rendent des champs pétroliers anciens ou petits plus économiques à exploiter.

KA: le Dr Luttwak a raison quand il dit que les USA et le RU publient des données claires et transparentes, mais les plus grandes compagnies pétrolières travaillent dans le monde entier et elles ont une bonne connaissance du monde du pétrole dans son ensemble (ndlr tant au niveau des réserves qu'au niveau de la production). Il est correct de dire que les données sont moins transparentes dans certaines régions mais on peut aussi regarder les chiffres de production et en tirer des conclusions pour le futur.

Les statistiques des réserves des pays riches en pétrole mais instables comme la Russie, l'Iran et l'Irak, par contraste, sont trop peu fiables pour les rendre utiles: elles peuvent être sous-estimées parce qu'il n'y a pas eu d'exploration systématique utilisant les meilleures méthodes, ou bien surestimées parce que le potentiel réel a été réduit par une surexploitation et un mauvais management.

KA: Nous savons que l'Irak est considéré comme un pays instable mais il est intéressant de constater qu'un expert en sécurité pense que l'Iran et la Russie eux aussi sont instables. Nous savons que le Président Bush a récemment fait des déclarations qui indiquaient que les USA envisageaient des actions militaires en Iran. En ajoutant la Russie, il est possible de créer une tension qui peut-être utilisée pour augmenter le budget militaire américain. Un problème stratégique pour les USA est que la Russie est pour les 30 prochaines années la seule superpuissance qui sera auto-suffisante en énergie. Les USA et l'UE, en d'autres mots, l'OTAN, sont très dépendants de l'importation de pétrole et de gaz naturel et les fournisseurs principaux dans l'avenir sont les pays musulmans. La chose la plus importante que nous ayons à faire dans un futur proche est de trouver un moyen de collaborer avec ces pays de manière telle que chacun soit gagnant. Nous devons réaliser que ces pays ont le choix de décider vers qui exporter et que dans ce choix il y a l'Asie.

Mais ce que nous savons maintenant avec certitude, est qu'il y a assez de pétrole dans le sol pour satisfaire tous nos besoins pendant de nombreuses années. Aramco, la compagnie pétrolière saoudienne, estime qu'elle a des réserves de 460 milliards de barils, ou 134 années de production au niveau actuel - et le gouvernement des USA estime pour l'Arabie un niveau bien plus haut que cela.

KA: D'abord, nous devons pouvoir préciser la durée de « nombreuses années ». Je me souviens qu'à l'école mon professeur avait l'habitude de dire que « quelques » c'était entre 3 et 9 et que donc, sur base de cette définition, « de nombreuses années » c'est plus que 10. Dans 10 ans à partir de maintenant, l'IEA, l'Internationa Energy Agency, prédit que la demande mondiale sera aux alentours de 100 millions de barils par jour. En accord avec l'IEA et les plus grandes compagnies pétrolières, le déclin de production des champs de pétrole existant actuellement est en moyenne entre 4 et 6 % par an. Si nous prenons le chiffre le plus bas, la production actuelle de 84 millions de barils par jour déclinera jusque 56 millions de barils par jour en 2015. Pour arriver à une production de 100 millions, nous devons trouver 100 - 56 = 44 nouveaux millions de barils par jour venant de nouveaux champs pétroliers. A ce jour, l'industrie pétrolière ne peut pas fournir plus de 20 millions de barils par jour en nouvelle production. Atteindre les 44 millions semble être hors de portée. Dans ces conditions, on doit se demander ce que veut dire « nous savons avec certitude »

Ensuite, il est tout à fait exact que la production actuelle de l'Arabie saoudite multipliée par 134 ans donne 460 milliards de barils de pétrole. La question est de savoir si les Saoudiens vont un jour produire cette quantité. Les chiffres des réserves saoudiennes actuelles, mentionnées dans le Oil&Gas Journal, est de 260 milliards de barils. Dans un article de ce journal, un ancien vice-président d'Aramco, Sadad al-Husseini (vous pouvez en savoir plus au sujet de al-Huseini en consultant un récent article du New York Times sur http://www.nytimes.com/2005/08/21/magazine/21OIL.html?pagewanted=all) expliquait que les réserves en production étaient de 130 milliards de barils et qu'ils avaient 130 autres milliards en réserves potentielles. Je pense que ses chiffres sont plus sûrs que ceux cités par n'importe quel autre ministre de ce pays. Si vous lisez "Twilight in the desert", livre écrit par Matt Simmons, vous devez aussi vous poser des questions sur les 130 milliards de réserves potentielles. Les estimations du gouvernement des USA selon lesquelles les réserves saoudiennes sont plus importantes que 260 milliards de barils doivent être considérées comme un rêve ou à tout le moins qu'ils prennent leur rêve pour la réalité.

Ainsi, les réserves mondiales ne constituent pas la solution et ont un impact limité sur les prix actuels du pétrole. De la même manière, la spéculation joue un tout petit rôle, parce que le marché du pétrole est trop vaste pour les spéculateurs. En fait, le seule chose qui est réellement importante est la production quotidienne, mais même là, les statistiques sont souvent fausses, parce que les pays de l'OPEP mentent constamment de manière à produire plus que leurs quotas officiels.

KA: Le Dr Luttwak a partiellement raison quand il dit que la production quotidienne est plus importante que les réserves. Si on regarde 50 ans en arrière, en 1955, nous consommions 4 milliards de barils par an, mais le taux de découverte était de 30 milliards de barils par an. Nous avons amassé une réserve colossale. Les qualités du pétrole découvert étaient variables et le meilleur pétrole a été consommé en premier. Aujourd'hui nous consommons 30 milliards de barils par an mais les découvertes ne sont que de 10 milliards de barils par an. Même Chevron a fait une publicité avec les mots « le Monde consomme deux barils de pétrole pour chaque baril que nous découvrons ». Comme nous consommons plus que nous trouvons, nous devons utiliser nos vieilles réserves. Comme le meilleur pétrole a déjà été consommé, nous devons utiliser un pétrole de moins bonne qualité et c'est plus difficile. On peut ainsi voir que les compagnies pétrolières produisent moins, bien qu'elles aient de très grandes réserves.

A nouveau, ce que nous savons avec certitude est que l'Arabie saoudite joue un rôle dominant comme fournisseur marginal dans les périodes de demande pointue. La faute, cependant, est de croire que la dominance saoudienne durera, sauf si les Saoudiens eux-mêmes sont préparés à investir massivement dans ce but.

KA: C'est correct, nous ne pouvons pas espérer que les Saoudiens pourront toujours produire ce que nous souhaitons, même s'ils investissent massivement.

Le tout dernier chiffre de la production saoudienne à l'export, est de 8,8 millions de barils par jour. C'est peut-être surprenant, mais c'est à peine plus que ce qui est produit pas les vieux champs de pétrole américains et à peine plus que ce que les Saoudiens produisaient eux-même 5 ans auparavant. Le fait est qu'ils ont été très lents à accroître leurs capacité de production, en dépit de promesses répétées.

KA: En accord avec Matt Simmons, il est difficile d'accroître la production d'un vieux champ de pétrole géant. Et il n'y a pas de nouveau champ géant au coin de la rue.

Depuis des années, le maximum de production des Saoudiens a été estimé à 10,5-11 millions de barils par jour. Accroître cette capacité jusqu'à 18 millions de barils par jour -le niveau que les USA voudraient voir atteint, pour garantir la stabilité des prix futurs en dessous du prix du baril d'aujourd'hui de 61$- est tout à fait faisable. Dans les champs de pétrole saoudiens, immenses et facilement exploitables, le coût d'installation d'une capacité de production additionnelle de un baril par jour est de 6.000$ voire moins.

KA: Non, pour les Saoudiens, il n'est pas possible d'accroître la production jusqu'à 18 millions de barils par jour. L'autre question est de savoir s'ils sont disposés à vendre rapidement la seule ressource qu'ils possèdent pour supporter leur population croissante.

Tout ce travail pourrait être terminé endéans les 5 ans pour environ US$ 108 milliards. L'augmentation de production qui en résulterait serait plus que suffisante pour absorber la demande chinoise de 6,5 millions de barils par jour. Elle pourrait absorber la croissance prévue de la demande mondiale des 84 millions de barils actuels jusqu'à la pointe prévue de 90 millions de barils en 2010. Malheureusement, il n'y a aucune chance que l'Arabie saoudite ajoute la capacité nécessaire pour que cela puisse se réaliser.

La première raison est financière. US$108 milliards n'est pas une somme trop importante en relation avec le surplus du budget annuel de $26 milliards mais il y a beaucoup d'autres demandes pour leur cash. Le revenu per capita est moins d'un tiers de ce qu'il était en 1980, et la demande intérieure de leurs 22 millions d'habitants est en croissance.

KA: Pour autant qu'il soit possible de réaliser cela en 5 ans, ce point de la discussion est correct.

Les plus grands demandeurs de tous sont les jeunes membres de la famille royale: certains ont déjà des palaces, des villas à l'étranger et des avions privés - mais des milliers de princes plus jeunes attendent impatiemment leur part de gâteau (ndlr dans le texte anglais, l'auteur utilise le mot the spoil qui signifie la corruption) Le nouveau Roi Abdullah, déjà âgé de 81 ans, a 30 fils, et plusieurs d'entre eux ont déjà des petits enfants, chacun avec des goûts somptueux à satisfaire.

KA: Oui, c'est un grand problème . Selon certaines sources, la famille royale compte 5.000 princes et 35.000 personnes au total. Dans une génération, il y aura plus de 100.000 personnes dans la famille royale saoudienne. C'est un problème.(ndlr la remarque est teintée d'ironie)

La seconde raison pour laquelle l'Arabie saoudite n'est pas prête à investir dans une nouvelle capacité production est politique. Les Saoudiens refusent d'accorder à des compagnies pétrolières étrangères les autorisation d'investir dans ces capacités additionnelles en échange de quotas de production. Aramco maintient un monopole, mais manque des ressources et de l'appétit pour contrôler l'expansion - particulièrement si le travail réel doit être effectué par les entrepreneurs étrangers.

KA: Lisez "Twilight in the desert" par Matt Simmons et vous pourrez avoir des idées différentes.

La mentalité des princes plus âgés, dominée par l'Islam fondamentaliste de Wahhabi, est profondément xénophobe: ils comptent sur le monde extérieur pour le confort matériel, et prennent toujours plus de satisfaction à imposer des difficultés aux associés étrangers plutôt que de coopérer avec eux. Une plus jeune génération, maintenant dans la 50-aine et la 60-aine, est plus ouverte à la coopération, mais elle est invariablement battue aux voix

KA: Si vous voulez en apprendre plus au sujet du Wahhabi et autres concepts politiques intéressants, je vous recommande de lire "Sleeping with the devil" par Robert Bear.

La troisième raison est économique. Les Saoudiens se rappellent l 'époque où le pétrole était vendu pour $12 par baril ou moins encore. Ils craignent que s'ils ajoutent de la capacité plus rapidement que leur taux actuel très lent, le prix s'effondrera à nouveau. Ainsi ils investiront dans de nouvelles capacités de production de seulement 2 ou 3 millions de barils par jour au cours des cinq années à venir - et ce n'est pas le niveau souhaité par les USA . Mais même si les Saoudiens ne jouent pas la balle, la bonne nouvelle est que le prix du pétrole est plus appelé à diminuer qu'à augmenter au cours des cinq années à venir.

KA: C'est une idée intéressante. Même si rien de ce qui est nécessaire n'est fait, ça n'a pas d'importance, car le prix diminuera de toute façon. Un bon nombre de gens s'interrogent sérieusement la-dessus, y compris les traders du NYMEX.

Il est facile de supposer que le prix élevé du pétrole aujourd'hui est provoqué par des facteurs courants du marché: un manque de grandes nouvelles découvertes de pétrole et la perte de rendement irakien, combinée avec les demandes accrues de l'Amérique en croissance moyenne et celles de la Chine et l'Inde en forte croissance. Mais en réalité, le prix du pétrole à $61 d'aujourd'hui est principalement une réaction aux bas prix du pétrole des 20 dernières années.

KA: C'est comme si le prix d'aujourd'hui était OK alors qu'il avait été trop bas avant. Conclusion fantastique!

Le pétrole bon marché a réduit l'investissement dans de nouvelles capacités de production très coûteuses qui auraient permis d'exploiter des pétroles en mer profonde, des pétroles lourds et des sables bitumeux. Il a réduit l'investissement dans les oléoducs et l'expédition de gaz naturel à longue distance. Il a réduit l'investissement dans d'autres sources d'énergie telles que nucléaire et le charbon, et dans la conservation d'énergie. En même temps, il a augmenté la consommation d'énergie - surtout à cause des SUVs omniprésents en Amérique, des bateaux plus rapides et de plus grandes flottes d'avion commercial. Les prix élevés du pétrole devraient renverser toutes ces tendances. Ce renversement de tendance se produira assez rapidement par une plus grande utilisation du charbon, plus de capacités de transport de gaz et plus de production de pétrole à partir de sources aux coûts de production plus élévés.

Quelques changements - comprenant des méthodes de conservation d'énergie - viendront lentement. D'autres, particulièrement l'augmentation de la capacité nucléaire, viendront très lentement en effet.

Néanmoins, la logique et l'expérience nous indiquent que - malgré une demande supplémentaire, des réserves incertaines et la réticence saoudienne à nous aider - le prix d'aujourd'hui de $61 le baril pourra être lui-même la cause principale d'une chute dans le prix de demain du pétrole. Comptez le voir retourner à $40, puis à $30 - et peut-être même moins. »

KA: Ici, vers la fin de l'article, nous obtenons la raison pour laquelle le Dr Luttwak a l'écrit: il aime dire "ne vous inquiétez pas, soyez heureux". Il ne m'a pas du tout convaincu. Maintenant il vous appartient de décider, mais avant que vous ne le fassiez , vous devriez prendre le temps de lire ce que Matthew Simmons nous dit ici à ce sujet.

Février 24, 2004 -- Matthew Simmons, Président de « Simmons & Compagnie International », et deux cadres de Aramco, Mahmoud Abdul-Baqi, Vice-présidents, exploration, et Nansen Saleri, Directeur, gestion de réservoirs, ont analysé le futur de la production de pétrole saoudienne à la CSIS.

Simmons a été invité par CSIS, l'organisation à laquelle le Dr Luttwak appartient, à discuter la production de pétrole en Arabie Saoudite et également a récemment édité un livre" le crépuscule dans le désert : le prochain choc pétrolier saoudien et l'économie mondiale ". J'ai demandé à M. Simmons s'il pouvait lire l'article du Dr Luttwak et faire quelques commentaires. Voici sa réponse:

Simmons Matthew:

L'article est un morceau bien écrit qui n'est soutenu par aucune donnée, ce que l'auteur admet d'ailleurs plus ou moins. Comme beaucoup d'autres qui aiment écrire et opinent sur des questions d'énergie, il précise que les réserves saoudiennes de pétrole sont tout simplement illimitées et la seule difficulté que nous aurons est de faire que les Saoudiens aient la volonté de prendre la bonne décision d'investissement pour nous permettre d'obtenir ce pétrole. Mais, même avec les doutes qu'il formule au sujet de leur volonté de produire plus de pétrole, l'auteur ne peut néanmoins pas concevoir que les prix puissent jamais rester à de tels niveaux (qu'il juge) ridiculement élevés, soit plus de $60 par baril. Pourquoi il pense que $40 est un prix logique n'est pas non plus soutenu par une analyse des faits. La seule chose qu'il a, ce sont des opinions fortement orientées.

Je m'en tiens à ce qu'une courte liste de 235 publications de la SPE (Society of Petroleum Engineers) peut nous enseigner. L'âge de la famille royale saoudienne est bien moins important que l'âge des cinq champs de production clefs de ce pays. Cette donnée relative au vieillissement des puits ne changera pas, indépendamment de la façon dont les prix élevés du pétrole se construisent. Je pense également que le pétrole à $65 par baril est extrêmement bon marché si ce prix est converti en termes courants que le citoyen moyen peut comprendre. Un prix de 0,10$ (*) pour un verre de 25 cc d'une matière première très intensive en capital, de grande valeur énergétique et non-renouvelable, m'étonne parce que c'est anormalement bon marché.

Pourquoi tant d' « experts » ont supposé que le pétrole du moyen Orient qui était si abondant devait être si bon marché, est une énigme sur laquelle les historiens écrivant au sujet de la transition vers le 21ème siècle buteront pendant des décennies.

Pourquoi nous avons également pensé que le pétrole devrait se vendre à 0,02$ à 0,04$ le verre (soit 3 à 6 $ le baril) est un mystère tout aussi grand.

La transparence était-elle si mauvaise et la connaissance de l'énergie si pauvre en 2005 que la société a coupé le dernier arbre sans réaliser cet arbre était le dernier aux alentours?

Est-ce la raison pour laquelle la société comme elle a existé pendant les premières années du 21ième siècle s'est soudainement effondrée?

Le plus tôt cette vague de sornettes bien écrites cessera, et le plus tôt la population s'éveillera à la crise qui est à notre porte, le plus rapidement nous construirons un mur anti-feu entre nous et ce que «nous» pouvons facilement devenir: une civilisation disparue.

Professeur Kjell Aleklett, Président de l'ASPO

(*) $,10 le verre de 25cc = $65 le baril / 159 litres / 4

Note finale par KA: Dr Edward N Luttwak est un militaire et expert en matière de sécurité nationale et le CSIS prétend fournir à des leaders du monde des analyses stratégiques sur -- et des solutions politiques à -- des problématiques présentes ou prévisibles au niveau mondial. La stabilité du monde recommande de ne pas dire n'importe quoi qui pourrait inquiéter les gens. L'article de Luttwak est une tentative pour rassurer les foules. Si vous avez lu tout ceci et avez une opinion au sujet de l'article, mon analyse ou les commentaires par Matt Simmons, vous êtes bienvenu pour exprimer votre avis.

Kjell Aleklett, President de l'ASPO

aleklett@tsl.uu.se

traduit par Michel DECOENE, 12/2005, sky87306@skynet.be
original en anglais sur http://www.peakoil.net/Luttwak.html